Conflit inter Burundais : Rwanda-UE, deux dynamiques ?


Les appels se sont multipliés ces derniers jours pour amener les protagonistes du conflit inter-burundais à dialoguer. Deux dynamiques semblent se dégager. D’une part le Rwanda qui multiplie des gestes d’apaisement ; d’autre part, l’Union Européenne qui brandit le bâton, tout en exhibant la carotte pour le gouvernement burundais. Le pouvoir de Bujumbura accepte de discuter, mais se réserve le droit d’exprimer sa réponse en tant que partenaire à qui on n’en impose pas.



Par: Isanganiro , mercredi 28 octobre 2015  à 19 : 30 : 00
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Depuis la tentative de coup d’état du 13 Mai 2015, les relations tendues entre Bujumbura et Kigali étaient allées s’envenimant, culminant, le 7 octobre dernier, par l’expulsion du 1er conseiller de l’ambassade rwandaise à Bujumbura. Des rumeurs le lendemain faisaient craindre des "représailles diplomatiques" du Rwanda. Kagame n’a pas riposté. Au contraire, on assiste depuis à des initiatives qui pourraient signifier une volonté de réchauffement diplomatique entre les deux pays.

Neuf jours après l’expulsion de Désiré Nyaruhirira, le 16 octobre, l’ambassadeur rwandais en poste à Bujumbura, Amandin Rugira, avait effectué une "visite de courtoisie" au premier Vice-Président burundais, Gaston Sindimwo. Courtoisie qui a tout de même permis, selon les propos du diplomate, "des échanges sur les relations qui existent entre les deux pays". Des relations jugées "bonnes" par l’émissaire de Paul Kagame. La preuve étant l’existence des ambassades de part et d’autre. Sindimwo avait de son côté parlé de relations marquées par "des hauts et des bas", et "perturbées de temps en temps". Ce qui serait normal ; l’essentiel étant, selon lui, que les gens puissent " s’assoir ensemble pour trouver des solutions à tous leurs problèmes".

Six jours plus tard, Louise Mushikiwabo, ministre rwandaise des affaire étrangères et porte-parole de son gouvernement, convoquait la presse pour une conférence de presse dominée par la question burundaise. Tout en rejetant toute responsabilité du Rwanda dans la déstabilisation du Burundi, la ministre avait exprimé "leur souhait" pour que le "Burundi soit pacifique", que "ceux qui ont trouvé refuge au Rwanda puissent rentrer" et que "la région puisse avancer". Elle précisait que les deux gouvernements de Kigali et Bujumbura discuteraient de leurs relations après que le dernier aura réglé ses affaires internes.

Volonté de tourner une page ou obligation de se défendre d’allégations de déstabilisation du voisin ?

Deux jours plus tôt, le 20 Octobre, la réunion des ministres de la défense des 11 pays de la Conférence Internationale sur la Région des Grands Lacs (CIRGL) avait recommandé le déploiement du Mécanisme Conjoint de Vérification Elargi (MCVE) pour "vérifier les accusations des actes d’agression contre la République du Burundi et trouvé une solution amicale entre les deux pays frères".

Il est remarquable que 24 heures après la sortie de Mushikiwabo, la ministre rwandaise en charge de la question des réfugiés a visité le camp de réfugiés burundais de Mahama, menaçant de sanctionner ceux qui dans le camp se livreraient à des actes criminels : « Celui qui exercera de telles activités sera sanctionné ». Séraphine Mukantabana avait affirmé qu’il y a des gens qui déstabilisent les autres réfugiés en les encouragent de regagner leur pays pour s’engager dans la politique.


L’UE de son côté durcit le ton

L’Union Européenne a, depuis lundi dernier, invité le gouvernement de Bujumbura à des discussions à Bruxelles afin d’ « examiner la situation de façon approfondie et, au besoin de prendre des mesures pour y remédier ». Ces consultations, selon le Chef de la Diplomatie Européenne, seront organisées au titre de l’article 96 des accords de Cotonou, article qui prévoit les conditions d’une suspension de la coopération en cas de non-respect de certains principes en termes de démocratie et des droits de l’homme. « Au cas où ça se passe mal, c’est tout simplement la suspension de la coopération », a –t-il souligné. L’Union Européenne avait précisé que cette action vise aussi à pousser le gouvernement de Bujumbura à appuyer la demande de l’Union Africaine au pouvoir de Bujumbura pour dialoguer de manière inclusive, et en dehors du pays, avec les acteurs politiques pour trouver une solution consensuelle à la crise.

A travers son ministre des relations extérieures, le Gouvernement burundais a dit à RFI être disposé à améliorer les rapports avec l’UE, « qui est son partenaire important ». Cependant, Alain Aimé Nyamitwe estime qu’aucune partie ne va pas imposer à l’autre sa façon de voir les choses. « L’UE ne peut pas nous imposer ; puisqu’ici, il s’agit de 2 parties. On doit donc parler, discuter". Pour lui, tout accord dit des obligations des deux parties, et il s’agira d’évaluer comment chacune a rempli les siennes.

La réponse du gouvernement est attendue dans les 30 jours suivant la réception de l’invitation de l’UE. Les négociations entre les deux parties devraient s’étendre sur quatre mois, selon l’article 96 de l’Accord de Cotonou.

Le contenu de la lettre d’invitation avait, via Reuters, fuité une semaine avant qu’elle ne soit écrite et envoyée au président Nkurunziza. Des diplomates avaient estimé que cet impair pourrait rendre nerveux l’exécutif burundais. Certains officiels burundais affirment que l’UE veut amener le gouvernement à "dialoguer avec son opposition en position de faiblesse".




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