Coopération Russo-burundaise : Des relations de longue date basées sur le respect


La coopération burundo-russe est basée sur le respect mutuel et la non ingérence dans les affaires internes des Etats. Dans une interview exclusive accordée à la Radio Isanganiro, Georgy Vladimirovitch Todua ambassadeur Russe au Burundi, soutient qu’il est opportun et légitime de faire une concertation populaire pour le référendum en cours d’organisation au Burundi.



Par: Isanganiro , mardi 27 mars 2018  à 17 : 07 : 50
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Radio Isanganiro (R.I) : Excellence Monsieur l’ambassadeur, quel est l’Etat des lieux des relations entre la Russie et le Burundi ?


Ambassadeur Georgy Vladimirovitch TODUA (A.G.V.T) :
La Russie et le Burundi entretiennent des relations très anciennes. Ces relations sont très actives et diversifiées aujourd’hui grâce à une compréhension à très haut niveau entre nos deux présidents. Sur le plan politique, notre coopération est basée sur le respect mutuel, le respect de la souveraineté nationale, le principe de non ingérence dans les affaires internes et le respect des principes de la charte de l’ONU. Notre coopération s’étend également sur le soutien mutuel des candidatures dans différents postes des instances des nations unies et organisation internationales ainsi que dans la prise de position sur les questions importantes qui engagent nos pays.

Dans le domaine éducatif, la Russie octroie, chaque année, quarante bourses d’études supérieures et cela dans tous les domaines dont l’ingénierie, la médecine, la géologie et l’économie. A côté des formations à longue durée, nous offrons également des stages de perfectionnement au profit des forces de défense et de sécurité. Chaque année nous accueillons une vingtaine des policiers et militaires qui suivent des stages en Russie. Le renfoncement des capacités c’est également en faveur des diplomates. Toutes ces formations permettent de rendre plus performants, les cadres du pays.

Sur le plan économique, nous avons ces derniers temps réussi à attirer beaucoup d’hommes d’affaires qui ont même visité le Burundi. Une autre délégation en provenance de la région de Mordovie, composée d’hommes d’affaires et des représentants politiques est attendue d’ici peu à Bujumbura. Cette équipe rencontrera les hautes autorités dont le 2ème vice président de la République et le ministre de l’agriculture, tout cela parce que le Burundi est tranquille et stable. A cette occasion, il y’aura inauguration d’une entreprise mixte Clilino Tanganyika Lisma inauvation qui produira des équipements électriques. Cette entreprise permettra de diversifier les produits d’exportations et la création d’emploie. Nous sommes également présents dans le domaine minier avec l’exploitation de mines d’or en commune Mabayi de la province de Cibitoke, mais aussi nous sommes dans les mines de wolfram ou nous avons une société mixte. Nous œuvrons aussi dans l’exportation des produits agricoles sur le marché russe avec Bimex qui est une entreprise mixte. Nous allons poursuivre notre coopération dans les domaines de la culture et bien d’autres secteurs selon les besoins.

R.I : Sur le plan militaire à côté des formations, existe-t-il une autre sorte d’appuis qu’apporte la Russie au Burundi ?

A.G.V.T : Notre coopération dans le domaine militaire s’inscrit dans la droite ligne des normes internationales. Elle n’a rien de secret et ne représente aucune menace à aucun pays. Chaque pays souverain a le plein droit d’établir un partenariat dans tous les domaines de coopération dont la défense. Parfois, il y a un usage abusif du langage qui veut faire croire que notre coopération dans ce domaine vise à créer un déséquilibre dans la région, il n’y a rien qui puisse inquiéter d’autres pays de la région. Toute fois nous reconnaissons le droit à tout pays d’avoir un partenariat fiable disposant une certaine expertise dans tel ou tel autre domaine.

R.I : Le fait que le Burundi ait tourné son regard vers les pays asiatiques, est ce que cela ne peut-il pas lui causer des ennuis dans la géopolitique ?

A.G.V.T : Je ne pense pas que l’amélioration des relations avec tel ou tel autre pays puisse engendre des problèmes avec les autres. Dans le monde que nous voulons avoir, c’est la coopération qui doit primer dans le strict respect de la souveraineté. Dans ce cas, le pays ne doit pas uniquement s’orienter vers une seule direction. Le Burundi a toute sa liberté de coopérer avec tous les pays y compris ceux de l’occident. L’essentiel est que cette coopération soit fondée sur le respect et non la soumission. La coopération doit être pratique et efficace. Il faut éviter la politisation de la coopération économique. Le monde actuel marche sur le principe gagnant- gagnant. Dans toutes les familles du monde, il y a souvent des divergences d’opinion ce qui n’empêche pas que la famille demeure unie. Sur le plan de coopération, il faut éviter que les divergences politiques prennent le dessus sur la coopération économique.

R.I : Monsieur l’ambassadeur, le Burundi traverse, depuis 2015, une crise politique mais la Russie est restée le soutien indéfectible du pouvoir de Bujumbura. Pourrions-nous savoir pourquoi ? Quel est votre point de vue sur différents rapports des organisations onusiennes et des organisations internationales sur le Burundi ?

A.G.V.T : Dire que le Burundi est en crise, c’est une expression que j’entends souvent. Ce n’est pas une vérité. Je trouve que la situation n’est pas celle qui est rapportée par les média. Vous pouvez comparer la situation de l’an 2015 et celle d’aujourd’hui. Nous sommes au mois de Mars, l’évidence est que le Burundi est un pays stable qui est entrain de normaliser sa situation avec les préparatifs du référendum constitutionnel.
La crise c’est un événement qui arrive et qui passe. Le Burundi a déjà traversé cette phase, l’heure est à la stabilisation et normalisation du pays. Le Burundi a, comme tous les autres pays du monde, des problèmes qui sont résolus à travers le dialogue.

Quant aux différents rapports sur le Burundi, c’est triste de constater que les questions de droit de l’homme, sont utilisées pour des fins politiques au sein de la commission de droit de l’homme des nations unies. Le Burundi n’est pas un cas isolé sur ce sujet, la Syrie est également victime de cette situation. C’est injuste de comparer le Burundi à la Somalie qui est un pays en crise où le Burundi intervient pour la stabilisation.
Au conseil de sécurité, la Russie soutient le Burundi comme le font d’autres pays du continent. Malheureusement, il y a d’autres pays qui cherchent à imposer leur vision des choses au Burundi, ce qui est contre productif. En matière de diplomatie, le respect et la non ingérence dans les affaires internes des pays, sont très indispensables. Vouloir imposer sa volonté à d’autres Etats souverains, c’est prendre une fausse route. Je pense qu’il n’y a pas un model d’une démocratie qu’il faut suivre sans aucun changement au monde. Chaque pays a son histoire, sa tradition, ses coutumes et une vision propre. Ce sont ces aspects qui doivent inspirer la vie démocratique d’un pays. Je crois que la voie des sanctions est une démarche qui ne paie pas.

R.I : Monsieur l’ambassadeur, que pense la Russie sur le référendum constitutionnel en cours de préparation au Burundi ?

A.G.V.T : Il y a eu un dialogue interne qui a cheminé sur les préparatifs du référendum en cours. Une possibilité pour le peuple de s’exprimer sur les grandes questions de l’heure. Avec le référendum on ne cherche pas le consensus mais la décision de la majorité. L’Angleterre avec sa sortie de l’union européenne (U.E), est exemple précis de ce que c’est un référendum. Il faut savoir que tous les britanniques n’étaient pas d’accord de la sortie de leur pays de l’U.E, mais c’est la volonté de la majorité qui s’applique. Il y a ceux qui disent souvent que les conditions ne sont pas réunies, je pense qu’ils ne savent pas ce que c’est le référendum qui est la manifestation du peuple.

J’ai lu quelques déclarations des experts qui disent que le peuple burundais n’est pas capable de comprendre le référendum. Ça ce n’est pas démocratique ! Parfois on se demande si ceux qui parlent de la démocratie y croient vraiment. On peut avoir un débat sur les procédures, mais on ne peut mettre en cause le droit du peuple à l’autodétermination. L’exemple de la Crimée en Russie, certains pays persistent à dire que le référendum qui a été organisé n’est pas légitime alors que 90% de la population a participé à ces élections. Nous croyons que l’organisation du référendum est une affaire interne à chaque pays.

R.I : Monsieur l’ambassadeur la matière première du sous sol burundais intéresse-t-elle la Russie ?

A.G.V.T : Le Burundi c’est un pays riche en matière de ressources naturelles. Mais également, la Russie dispose d’importantes ressources minières. Certains investisseurs russes sont intéressés d’investir dans ce domaine au Burundi. Toutefois, le plus important pour nous, c’est de créer quelques industries. C’est de cette façon que les burundais pourront jouir pleinement de ces ressources. Une fois transformées, elles sont exportées avec une valeur ajoutée. Cela est valable dans le secteur minier que dans le secteur agricole. Le Burundi, a besoin de l’industrie pour son développement. Les matières premières doivent être transformées localement afin que le pays ait des produits à proposer sur le marché locale et régionale, mais également pour qu’il y ait création d’emploi. C’est de cette manière, qu’il y aura un équilibre entre l’importation et l’exportation. Malheureusement sur ce point, le chemin reste long, bien qu’il y ait des efforts visibles. Nous encourageons le Burundi à diversifier ses partenaires, notamment avec la Chine, les pays de la région, l’Inde, le Qatar et bien d’autre pays.

R.I : Monsieur l’ambassadeur, l’Afrique est derrière en matière de développement, que pouvez-vous conseiller aux dirigeants africains ?

A.G.V.T : Je peux dire mon opinion, mais je n’ai pas de conseil à donner. Il appartient aux africains de décider de ce qu’ils veulent. A tous les problèmes africains, il faut une vision africaine de les résoudre. Je ne suis pas également d’accord que le taux de développement soit mauvais en Afrique. Bien sûr il y a un grand retard. C’est lié à l’histoire, à la colonisation et à quelques erreurs politiques. Mais je crois que l’avenir de l’Afrique est prometteur. Il faut beaucoup d’efforts régionaux visant l’amélioration des infrastructures, l’éducation et la santé. Ce sont des défis auxquels il est possible de faire face. Le taux de croissance dans certains pays africains est loin supérieur à celui des pays européens et la Russie. Il y a des défis mais également il y a des efforts dans plusieurs pays du continent. Je suis optimiste !

R.I : Monsieur l’ambassadeur, quand vous regardez la jeuneuse africaine, quelle est votre impression ?

A.G.V.T : La jeunesse africaine est beaucoup plus éduquée, beaucoup plus active, peut être un peu naïf politiquement. Elle est parfois manipulée par les média internationaux avec un peu d’intérêt au développement. Je suis fier quand je voie des jeunes, qui après leur formation à l’étranger rentre pour entreprendre quelque chose au pays. C’est parfois difficile mais c’est possible de créer en Afrique et je lance un appel aux jeunes africains qui sont hors du continent de rentrer en Afrique car vous pouvez changer la donne.

R.I : parlons de la Russie sur le plan international, votre pays vient de faire une démonstration de force militaire avec des armes « puissantes », qu’en est-il du rapport de force de votre pays par rapport au reste du monde ?

A.G.V.T je n’aime pas employé l’expression rapport de force. C’est plutôt la balance d’intérêt. Notre vision basée sur le respect des uns et des autres, de la souveraineté des Etats et la prise en compte des préoccupations de tous, nous pousse à éviter qu’il y ait un déséquilibre de force comme ce fut le cas vers les années 1990 avec la dissolution de l’union soviétique. Notre politique militaire n’a aucune vocation d’imposition. Le budget militaire de la Russie est dix fois moins par rapport aux Etats Unis. Mais nous sommes, comme toute force de défense nationale des pays, obligés de garantir notre souveraineté. Si quelqu’un ne prend pas compte de votre intérêt ou préoccupations légitimes, vous devez vous renforcer pour garantir la paix et le développement intérieur. Pour son développement intérieur, la Russie nécessite la force pour garantir la paix et éviter la pression.

Dans le droit international, on n’a pas prévu des sanctions. Triste est de constater que pour faire passer telle ou telle autre décision politique on fait recours à des sanctions pour une concurrence déloyale et la course aux intérêts. Le monde change et cette période de changement est parfois difficile. D’où, la Russie est intéressée par l’équilibre de force, la stabilité des intérêts qui passe par la stabilité interne et celle des régions. La Russie est intéressée par la stabilité du Burundi comme plusieurs pays d’Afrique car s’ils sont stables, il y a plus de stabilité entre la Russie et ces pays. C’est là où est situé l’intérêt de la Russie sans aucune envie d’imposer un schéma politique à suivre car, c’est le peuple qui connait ce dont il a besoin.

R.I : Quelle est la position de la Russie face au terrorisme ?

A.G.V.T : La guerre contre le terrorisme nécessite la conjugaison des efforts internationaux. Il faut également considérer et lutter contre le terrorisme dans toutes ses formes et dans toutes ses dimensions en évitant la politique de deux poids deux mesures. Lutter contre le terrorisme c’est également lutter contre la pauvreté pour éviter l’émergence de l’idéologie terroriste. La stabilité, le développement économique et la coopération internationale sont les voies les plus efficaces pour lutter contre le terrorisme.

R.I : Monsieur l’ambassadeur, sentez-vous à l’aise de représenter votre pays au Burundi ?

A.G.V.T  : Je dois vous dire que j’ai de très bonnes relations au Burundi et beaucoup de contacts personnels. La majorité des burundais est un peuple ouvert et aimable. Cela ne veut pas dire qu’ils sont tous bien et cela vaut pour tous les pays du monde. C’est un beau pays plein de ressources et d’opportunités. Bujumbura est une ville très aimable qui nécessite de temps en temps quelques innovations et je pense que nous pouvons faire plus avec la coopération et c’est possible.




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