Et si Rwagasore ressuscitait aujourd’hui !




Par: Bernard Bankukira , vendredi 14 octobre 2011  à 10 : 52 : 05
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Le jeudi 13 octobre 2011, 50 ans écoulés, jour pour jour, après l’assassinat du Prince Louis Rwagasore, héros de l’indépendance du Burundi abattu dans un restaurant près du lac Tanganyika. Une date sombre, qui devrait rester inoubliable dans l’histoire des burundais, mais qui, malheureusement, bénéficie de moins d’importance de pas mal de burundais, qui ignorent l’ampleur de cette tragédie.

C’est juste 25 jours après la victoire de son parti, l’Union pour le Progrès National, UPRONA, dans les élections législatives tenues le 18 septembre 1961, et que celui-ci (le parti Uprona) remporte à 80%, que les "ennemis du Burundi" plongent le royaume dans une douleur indicible, mettant fin aux aspirations d’un peuple qui compte sortir de plus de six décennies de domination blanche.

C’est du flou qui entoure la mort de Rwagasore, car l’histoire du Burundi en parle peu. Selon sa tendance, chacun de ceux qui devraient éclairer la jeunesse d’aujourd’hui décrit les événements selon qu’ils lui plaisent. Mais, des versions convergent sur une même réalité : nous sommes le 13 octobre 1961, feu Rwagasore dîne à l’hôtel Tanganyika en compagnie de certains de son équipe gouvernementale. Il est subitement assassiné d’une balle d’une arme à feu par un tireur d’élite. Finit avec les espoirs d’une démocratie voulue par le peuple burundais ! L’acte poussera le grecque Kageorgis et les fils de Baranyanka, dont Ntidendereza et Birori, à la peine de mort en juin 1962 pour l’assassinant du Prince Louis Rwagasore.

"Vous nous jugerez à nos actes et votre satisfaction sera notre fierté."
"Il faut surtout que les habitants du Burundi se sentent en paix et en sécurité, que personne ne se croit menacé et que chacun ait confiance dans la protection du Gouvernement,(...)."
"...Mot d’ordre impératif : courtoisie, tolérance et respect d’autrui..."
Voilà ce dont les burundais se souviennent avec nostalgie de cet illustre héros, des versions de son discours juste après la victoire de son parti, un rêve soudainement brisé après sa disparition.

Ses successeurs n’ont pas pu gérer la situation. Le Burundi traverse une période la plus sombre de son histoire. En effet, quelques temps après la mort de RWAGASORE, son parti, l’UPRONA, va se diviser en deux ailes, dès 1962, alors que des tensions ethniques au sein de ce parti et du parlement arrivent au point culminant. Progressivement, le mal s’infiltre dans les rangs des organes de l’Etat et plus tard au sein de la population. Les tragédies de 1965, 1969, 1972, 1988, et 1993 au cours desquels les burundais s’entredéchirent aux yeux du parti Uprona, impuissant devant les faits, sont quelques illustrations.

Après la disparition de Rwagasore, le Burundi n’a pas manqué au rendez-vous de la plupart des pays du continent africain : une dictature militaire. Coups d’Etat répétitifs : voilà le mode de passation du pouvoir. La voix du canon remplace la théorie de "vox populi vox Dei, vox Dei vox populi".

1990s, le courant de la démocratie bouleverse le Burundi, comme la plupart des pays africains. Le peuple burundais est appelé à choisir leur leader. Melchior Ndadaye est "embauché" par les burundais à plus de 65% au cours des élections présidentielles du 1er juin 1993, signe d’espoir que les aspirations de Rwagasore revoient le jour.

Mais, difficile de digérer pour l’ancien régime militaire ! Melchior Ndadaye, décrit comme premier président démocratiquement élu dans l’histoire du Burundi et ayant presque les mêmes idées que celles de Rwagasore, est assassiné après 100 jours au pouvoir par "un petit groupe de militaires des ex-FAB" comme rapporté par les responsables de l’armée à ce temps-là, accusée de perpétrer cet assassinat. Sa mort replonge le Burundi dans une période cette fois-ci plus tragique de son histoire : une guerre civile qui va endeuiller les burundais pendant plus de dix ans.

Qu’est-ce qui a finalement manqué chez les burundais après la disparition du prince ? Mille et une réponse. Chacun est libre de dire ce qu’il pense. D’après Zénon Nicayenzi, l’un des compagnons de lutte du prince louis Rwagasore, après la mort du prince, le Burundi a manqué un leader à la hauteur de Rwagasore, ce qui a fait que le pays a sombré dans des violences cycliques de tout genre.

"Il était difficile de remplacer, à pieds levé, un leader de grande envergure comme Rwagasore qui disparut brusquement et brutalement alors qu’il venait juste de débuter sa grande œuvre de reconstruction nationale, une disparation qui a totalement assombri le Burundi, en lui enlevant un leader qui avait amené les burundais à se rétablir vis-à-vis du colonisateur, "commente amèrement Zénon Nicayenzi.

C’est une observation qu’il partage avec Léon Manwangari, l’un des activistes de l’indépendance du Burundi et ancien membre du Front commun en compétition avec le parti Uprona dans les années de lutte pour l’indépendance.

"Le prince Louis Rwagasore, homme simple et humble, prêchait l’unité et le développement intégral de la population burundaise, mais ses successeurs n’ont pas emboité son pas. Ils ont dérapé dès le lendemain de sa mort."

Des rwagasore dont a toujours manqué le Burundi après "Le Rwagasore". Et s’il ressuscitait aujourd’hui ? "En tout cas il ne reconnaîtrait pas que c’est le pays pour lequel il est mort !" disent Nicayenzi et Manwangari, qui appellent le peuple burundais à revenir sur ses pas et à reconstruire la démocratie comme le peuple burundais la veut ; recommandation de Rwagasore.




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