Il a passé 102 jours à la tête du pays




Par: Bernard Bankukira , vendredi 21 octobre 2011  à 10 : 58 : 23
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« Dans le Burundi nouveau, nous allons mettre fin à la persécution, à la torture, à des tueries, aux emprisonnements abusifs et au non respect des personnes démunies, » c’est ce dont on peut se souvenir nostalgiquement de cet homme qui avait incarné la volonté du peuple burundais, Melchior Ndadaye. On est le 21 octobre 2011, une semaine après la commémoration du 50 ème anniversaire de la mort du héros de l’indépendance du Burundi le 13 octobre , le Prince Louis Rwagasore, les burundais se recueillent en la mémoire du héros de la démocratie, assassiné dans la nuit du 20 au 21 octobre 1993, alors qu’il venait de passer 102 jours à la tête du pays après sa victoire lors des présidentielles du 1er juin 1993.

Melchior Ndadaye est né le 28 mars 1953 à Murama de la commune Nyabihanga en province de Muramvya (actuellement en province de Mwaro). Il est le fils ainé de Pie Ndadaye et de Thérèse Bandushubwenge, parents de 10 enfants. Marié à Laurence Nininahazwe, il est père de trois enfants.

Melchior NDADAYE a fait ses études primaires de 1960 à 1966 à Mbogora. De 1966 à 1972, il entre à l’école Normale des garçons de Gitega qu’il quitte en 1972 suite aux "événements" dramatiques qui secouaient le Burundi. C’est ainsi qu’il se réfugie au Rwanda où il parachève ses études secondaires au Groupe Scolaire de Butare, de 1972 à 1975. En 1975 il entre la Faculté des Sciences de l’Education à l’Université Nationale du Rwanda, à Butare où il décroche une licence en Sciences de l’Education en 1980.

De 1980 à 1983, Melchior Ndadaye est professeur au Groupe Scolaire de Save dans la préfecture de Butare au Rwanda. Le 5 septembre 1983, il rentre au Burundi où il exerce plusieurs fonctions dans des domaines variés. Jusqu’au jour de sa victoire aux élections présidentielles du 1er juin 1993, il était cadre à la Meridian Bank BIAO.

Animé d’un intérêt politique dès son jeune âge, Melchior Ndadaye sillonne divers mouvements visant le renforcement du courant démocratique au Burundi. Il a été membre fondateur du mouvement des Etudiants Progressistes Burundi au Rwanda (BAMPERE) le 3 janvier 1976 et Président de ce mouvement jusqu’en 1979. En août 1979, il participe à la fondation du Parti des Travailleurs du Burundi (UBU) où il devient responsable du département de l’information de 1979 à 1983 quand il retourne au Burundi. Ce mouvement, émanait d’une fusion du mouvement estudiantin (BAMPERE) avec d’autres groupes initiés par le Mouvement des Etudiants Progressistes Barundi (MEPROBA).

En 1986, Melchior Ndadaye participe à la fondation du parti Sahwanya-Frodebu (Front pour la Démocratie au Burundi) qu’il dirige jusqu’à sa victoire aux élections présidentielles et législatives des 1er et 28 juin 1993.

Le 09 mars 1992, alors que la constitution qui autorise le multipartisme au Burundi, le Frodebu qui travaillait clandestinement pendant six ans est alors agréé le 23 juillet 1992 !

Le 18 avril 1993, un Congrès extraordinaire du parti Sahwanya-Frodebu désigne Melchior Ndadaye comme candidat du parti aux élections présidentielles du 1er juin 1993. Le PP, le RPB et le PL se joignent au Frodebu pour soutenir ce candidat. Melchior surclasse élégamment ses deux rivaux dont Pierre Buyoya du parti Uprona vieux de trois décennies au pouvoir, et Pierre-Claver Sendegeya du PRP. En effet, les résultats furent surprenants, non seulement pour les upronistes et le PRP vaincus, mais aussi pour le vainqueur et ses alliés, tellement la réalité dépassait l’entendement : Melchior Ndadaye gagne les premières élections présidentielles de l’histoire du Burundi à 64,79 % des suffrages, alors que Pierre Buyoya n’obtient que 32,47 %. Pierre-Claver Sendegeya ne doit se contenter que de 1,44 %. Le Burundi marque son histoire. C’est l’ère de la démocratie du multipartisme. Au revoir la dictature militaire ou mono-partite ! Félicitations aux burundais pour cette transition pacifique vers la démocratie. Eloge de la part de la communauté internationale.

Le 10 juillet 1993, Melchior Ndadaye reçoit le bâton de commandement. La grande tâche lui est confiée. Il a cinq ans pour mettre en application son programme politique réparti sur 46 propositions. Malheureusement, il n’en aura que 102 jours seulement qui lui permettront, néanmoins, de se créer une forte admiration de la grande majorité de burundais qui venaient de s’exprimer librement sur leur destin ; mais qui ignoraient malheureusement ce qui pouvait arriver à leur leader.

Le président Ndadaye prônait pour un pouvoir où chaque citoyen burundais aurait une place, un pouvoir non entaché de sang et un pouvoir qui respecterait la vie humaine, un Etat démocratique respectueux de la dignité et des droits humains. « …trop de sang a été versé dans ce pays et je n’aimerais pas que sous le régime FRODEBU il y ait du sang qui coule, » disait-il.

« D’ores et déjà, notre vœu le plus ardent est que le peuple burundais soit à jamais mis à l’abri des confrontations ethniques. Nous voulons que partout dans les ménages, sur les collines, dans les communes et provinces, dans les écoles et casernes, il n’y ait plus de sang versé à travers des confrontations ethniques. Plus jamais ça. Tel est le mot d’ordre partagé par tout le peuple burundais, » s’est-il exprimé à la Tribune des Nations Unies à New York en début octobre 1993.

Même si Ndadaye avait gagné la confiance envers la majorité de burundais, certains gardaient un doute froid l’armée burundaise du moment qui était jugée mono-ethnique et dont même certains de ses éléments se sont jetés contre lui. Face à cette armée, certains, surtout ceux qui étaient toujours en exile, voyaient le Président Ndadaye au milieu des monstres qui pouvaient le dévorer, au milieu des épines qui pouvaient le piquer à n’importe quel moment.

Par contre, le comportement des FAB pendant le cours des élections avait créé une image autre que celle-là. « Au moment où les politiciens se querellaient, l’armée n’a jamais suivi ; ce qui lui a permis d’accomplir effectivement sa mission. Ailleurs en Afrique, les militaires se mêlent de la politique et c’est le chaos qui s’installe. Au Burundi, ça n’a pas été le cas et les étrangers ont été surpris. Je dois avouer que l’armée a donné une bonne image à l’étranger. » Disait-il quand il s’adressait aux militaires de la Garnison sud de Bujumbura le 05 août 1993, sans toutefois s’imaginer ce qui pouvait lui arriver le 21 octobre 1993. Illusion ou pas, une grande confiance envers ce corps s’était créée, alors qu’il ne cessait même pas de les avertir sur un quelconque comportement indigne qui serait sévèrement sanctionné.

Enfin, le drame arrive ! « Un petit groupe de militaires » de cette armée, à laquelle le président Melchior Ndadaye faisait toujours l’éloge, sème la peine dans les cœurs des burundais. Au cours d’un coup d’état sanglant survenu dans la nuit du 20 au 21 octobre 1993, Melchior Ndadaye est arrêté et sauvagement assassiné dans un camp militaire à Bujumbura, en compagnie de ses proches dont Pontien Karibwami, Président de l’Assemblée Nationale, Gilles Bimazubute, Vice-président de l’Assemblée Nationale, Juvénal Ndayikeza, Ministre de l’Administration du Territoire et du Développement communal, et Richard Ndikumwami, Administrateur Général de la Documentation et des Migrations.

Ce coup de force va déchaîner des violences inter-ethniques dans tout le pays, déclenchant une guerre fratricide qui durera plus de dix ans.

Quels sont les mobiles de l’assassinat du Président Melchior Ndadaye et de ses proches collaborateurs ? Coups d’état, mode de passation de pouvoir entre Micombero, Bagaza et Buyoya, mais pas d’éliminations physiques ! Avec Ndadaye il faut l’éliminer, lui et ses collaborateurs, pourquoi ? Qui a/ont tué le Président Ndadaye ? 18 ans après ce drame inoubliable dans l’histoire du Burundi, la justice n’a pas encore établi les responsabilités ! Peut-être qu’un jour, la réalité viendra ! A bon entendeur, salut !




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