Interview avec la ministre Odette Kayitesi




Par: , mercredi 31 juillet 2013  à 14 : 23 : 09
a

La production du café a chuté de 45,000 à 10,000 tonnes en 10 ans. Certains fermiers citent le prix de café en chute libre— de 630 FBU à 400 FBU le kilo de café cerise en deux ans selon des caféiculteurs interrogés par la
Radio Isanganiro, sur la colline Mpishi de la commune Musigati (province Bubanza) et la nécessité plus urgente de faire pousser d’autres plantes sur les espaces initialement occupés par le caféier. D’autres, y compris Président Pierre Nkurunziza, regrettent d’un "manque d’intérêt" des caféiculteurs.

Odette Kayitesi, ministre l’agriculture et élevage, dit que la crise qu’a connu le Burundi est l’une des causes de la chute en production du café. Pour elle, toutes les parties prenantes doivent s’investir afin d’accroître la production de cette culture qu’elle considère comme de l’or au Burundi. Elle dit aussi que le gouvernement travaille sur la stratégie du développement de la filière.

La Radio Isanganiro s’est entretenu avec la ministre à propos des solutions possibles pour le retour à la raison des caféiculteurs.


Radio Isanganiro (R.I) : Ca fait quelques temps qu’on entend que la
production du café a chuté. Quelles sont les causes principales de cette chute ?

Odette Katitesi (O.K) : il y a la crise sociopolitique que le Burundi a connu
pendant plus de 15 ans. Il y a eu beaucoup de mouvements de la
population, soit à l’intérieur du pays soit à l’extérieur, ceux qui se
sont exilés n’ont pas pu entretenir leurs caféiers correctement. Ca
fait qu’il y a eu une longue période de relâchement de l’entretien des
caféiers.

La culture du café au Burundi date de très longtemps. Depuis la
colonisation on a installé les premières plantations du café. Le grand
problème lié à la filière du café est le vieillissement des vergers.
Il y a des caféiers qui ont plus de 60 ans, donc la productivité n’est
plus à jour. Il faut aussi qu’on se situe dans la logique mondiale.
Nous sommes confrontés au problème de changement climatique. Tantôt il
y a des pluviosités élevées, tantôt il y a la grêle ou
l’ensoleillement qui dépasse les normes, ce qui fait que la
productivité du café est confrontée à ce problème du changement
climatique.

Il y a aussi question de la surpopulation et le manque du paillage.
S’il n’y a pas de paillage, s’il n’y a pas d’entretien correct des
vergers, la productivité en dépend. Il y a aussi le politique de
privatisation de la filière qui n’a pas été comprise correctement par
les intervenants dans la filière café. Il y a beaucoup de mots qui ont
été dits d’ici là pour dire voilà, le gouvernement n’est plus là pour
nous. Donc, il fallait d’abord expliquer à la population que la
privatisation ne compromet pas l’action gouvernementale. Le gouvernement est là. Le gouvernement a créé l’Autorité de Régulation de la Filière Café (ARFIC) pour être à
l’intérieur de la filière et pour jouer son rôle de gardien. Mais il
fallait d’abord expliquer à la population, et montrer à la population
avec des actions concrètes, pour que la population puisse voir qu’on
est là, qu’on est pour eux, qu’on est pour l’encadrement, pour
l’éducation, pour la formation, mais aussi pour la recherche
agronomique . Je me dis qu’il y a quand même des perspectives
d’avenir qui nous montrent que nous avons un meilleur avenir pour la
filière café, surtout parce que maintenant tous les intervenants
convergent vers le même but. Nous avons besoin d’améliorer la
productivité et la production du café. Nous devons conjuguer tous nos
efforts pour l’amélioration de la production de la filière, et si on
est ensemble, on va trouver une solution.

R.I : Parmi les problèmes auxquels font face les caféiculteurs
figure un problème de manque d’engrais chimiques. Quelle est la position du gouvernement par rapport à ce problème ?

O.K : La position du gouvernement est partagée avec les
intervenants dans la filière café. On produit parce qu’on a investi.
Donc, on doit investir dans les entrants agricoles pour pouvoir
améliorer la production et la qualité du café. On doit inciter toutes
les parties prenantes à investir, et ce dans la période voulue, pour
que ces entrants agricoles puissent être apprêtés à temps. Ce
qu’il faut comprendre, c’est que les engrais et les produits phytos
pour l’agriculture, ce sont des produits qu’on doit acheter. Donc,
dans les couts d’investissement dans l’agriculture on doit y mettre la
rubrique sur les entrants agricoles y compris les fertilisants. Le
gouvernement est toujours aux cotés des agriculteurs. C’est pour cette
raison même que nous venons d’avoir une aide de la Banque
mondiale pour un programme de pilotage d’un programme d’augmentation
de la production du café, d’une enveloppe pilote de 4,2 millions de
dollars, pour inciter l’engouement de la population à investir dans
les entrants agricoles. La question du paillage a été insinuée quand
on était sur le terrain à Bubanza, pour dire qu’on doit mettre du
paillage pour garantir la conservation d’eau dans les racines. Il sert
aussi à la longue du fertilisant bio. Le gouvernement est là pour
former, pour encadrer, pour être tout près des producteurs, pour leur
montrer comment il faut faire pour produire mieux que ce qu’ils
produisent, en investissant dans le secteur caféicole. Avec l’Autorité
de régulation de la filière café, le gouvernement tout entier est
engagé à soutenir la filière café, que ce soit par réglementation ou
le suivi rigoureux de la filière café.

R.I : Dans les pays sud-américains, il y a des journées de
sensibilisation régulières des caféiculteurs, par exemple ce qu’on appelle
des journées nationales du café. Est-ce que
le gouvernement burundais ne peut pas s’inspirer de ces exemples
sud-américains pour augmenter la production du café ?

O.K : Le gouvernement a déjà signifié qu’on doit avoir une
journée par semaine pour l’entretien des caféiers. A côté de cela, il
y a trois ans qu’on a organisé la Coupe d’excellence, où on fait une
compétition pour les meilleurs producteurs du café de qualité au
Burundi. Le Burundi a eu la chance d’être appuyé par nos partenaires
pour la dégustation et la certification du café. On est maintenant à
la troisième édition de cette campagne d’excellence pour le café, qui
a montré que le Burundi produit quand même un café de qualité. Cet
esprit de compétition a suscité l’engouement à faire mieux. Maintenant
nous sommes dans la phase de l’homologation et certification de la
qualité du café pour que notre café soit concurrentiel sur le marché
international. Le Burundi va accueillir au mois de février 2014 une réunion internationale du café. On va recevoir plus de 700 délégués. C’est la première fois que le Burundi
ait été retenue comme pays hôte de cette grande réunion. Ce sera une
occasion pour le Burundi de vendre notre pays, de voir l’image du pays
dans le concert des nations. On va même faire des descentes sur le
terrain avec toutes ces délégations de tous les continents. Ce sera
pour nous une occasion propice de montrer ce dont on est capable.
Notre café a été certifié au niveau international comme café de
qualité, il faut qu’on ait aussi l’occasion de le vendre, et de
montrer au publique ce qu’on est capable de faire.
Au niveau du gouvernement, on est en train de faire tout pour que
cette filière soit mise au juste niveau. Nous sommes en train
d’actualiser la stratégie du développement de la filière. Nous sommes
en train de faire des études avec l’aide de nos partenaires et de
l’Organisation International du café pour voir ce qu’il faut faire
pour mieux gagner.

R.I : Qu’en est-il des rumeurs selon lesquelles certains
caféiculteurs auraient détruit leurs plantes pour pratiquer
l’agriculture de subsistance ?

O.K : C’est vrai qu’il y a des rumeurs qui disent qu’on est
en train de démolir les vergers pour planter d’autres cultures. Quand
on faisait des descentes sur le terrain, c’était pour sensibiliser les
caféiculteurs. Tout changement suscite toujours des questions. C’est
donc la communication qui est indispensable pour garantir des
résultats. A notre niveau, nous réagissons. Nous faisons des
collaborations avec des associations des caféiculteurs (et avec)
Intercafé, qui appuie donc tous les intervenants de la filière café.
On a mis en place des moniteurs agricoles qui se chargent
spécifiquement du café et qui aident la population à intérioriser
comment il faut faire pour augmenter la productivité. Je suis très
convaincue que si on travaille collégialement, sans se
cacher quoi que ce soit, la réponse sera trouvée.

R.I : Enfin, quelle est la place qu’occupe ce secteur dans
l’économie et les exportations burundaises ?

O.K : Le Burundi est, comme vous le savez, un pays qui vit
essentiellement de l’agriculture et de l’élevage. Plus de 90% de la
population est agricole. Les filières d’exportation sont notamment le
café, qui occupe une place de choix, et le thé. Donc, la place du café
est très considérable dans le produit intérieur brut de notre pays.
C’est un produit qui génère des devises pour le pays et aussi qui
donne des moyens de survie pour la population rurale. Nous devons
protéger notre café parce que c’est notre or. Si l’on n’a pas de
pétrole ni de minerais, on doit jouer sur le café. On a l’obligation
de faire en sorte que le café soit préservé.

Propos recueillis par Irène Pratka et Désiré Nimubona




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