« La population que nous servons accueille favorablement le travail de la CNTB », dit Msgr Bambonanire




Par: Bernard Bankukira , mercredi 16 octobre 2013  à 09 : 46 : 46
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La Commission Nationale des Terres et autres Biens, CNTB, est actuellement devenue une grande préoccupation des Burundais et des médias. Depuis l’arrivée de Sérapion Bambonanire à la présidence de cette commission chargée de résoudre les nombreux conflits fonciers nés des différentes guerres interethniques, en remplacement de l’Abbé Aster Kana en 2011, la CNTB est la cible des reproches de ceux qui l’accusent de divisionniste. Une certaine opinion considère ce prélat de l’Eglise catholique comme nouveau moteur de la haine ethnique, extrémiste hutu animé d’un sentiment de vengeance contre les tutsi accusés, à tord et à travers, d’avoir occupés les biens des Hutu qu’ils venaient d’expulser en 1972. Lui-même victime des événements qui ont endeuillé le Burundi, il garderait en lui ses mauvais souvenirs d’au plus fort de la guerre en 1995, quand il a miraculeusement échappé à une traque militaire, pour se retrouver au Zaïre (actuelle République Démocratique du Congo), avant de s’envoler en occident où il a exercé plusieurs fonctions ecclésiastiques jusqu’à son retour à sa terre natale à l’issu du processus de paix. Incompris dans sa façon de faire, Monseigneur Bambonanire reste convaincu qu’il faut rétablir les sinistrés dans leur droit au risque de casser quelques œufs. Point d’unanimité ici. Le parti Uprona composé essentiellement de la minorité tutsi et certaines organisations de la société civile le qualifient de mal, d’agitateur et de faiseur de guerre qu’il faut combattre. Bernard Bankukira est entré en contact avec Msgr Sérapion pour s’entretenir avec lui sur ces accusations et sur le travail de la CNTB.

Bernard Bankukira (B.B) : Depuis que vous dirigez la CNTB, cette institution a toujours été taxée de divisionniste plutôt qu’unificatrice, pourquoi est-ce que vous divisez les burundais ?

Msgr. Sérapion (Msgr) : Eh bien, toujours taxée de divisionniste, non ! La CNTB ne divise pas les burundais, non. C’est tout simplement une certaine opinion qui s’est exprimée dans ce sens-là dès le début comme s’il s’agissait d’un préjugé, avec des gens qui avaient déjà des idées préconçues que nous allions diviser les burundais autour de la question foncière plus qu’il ne l’était déjà auparavant. Je dis bien que c’est une certaine opinion, tout en précisant que c’est une opinion minoritaire. Mais quand je dis que c’est une minorité c’est peut-être aussi de l’euphémisme, il s’agit de quelques personnes identifiées qui peuvent se compter sur les doigts de la main……

B.B:Vous les connaissez-au moins ?

Msgr : Oui, oui, nous les connaissons bien parce qu’ils ne se cachent même pas ?

B.B : Pouvez-vous nous donner les noms de certaines d’entre elles ?

Msgr : Oui, comme exemple, nous avons vu sortir comme ça des déclarations, sans même nous donner le temps de travailler, les dirigeants du parti UPRONA et tous les secteurs de la vie nationale déjà gagnés à la cause de ce parti, ici je parle volontiers de ce qu’ils appellent eux la société civile alors qu’il ne l’est pas, ce sont pas leur adhésion à ce même parti Uprona. Même statistiquement, il s’agit d’un petit groupe. Parce que la population quant à elle, qu’elle soit du parti uprona ou d’autres partis comme le FNL, CNDD-FDD, FROLINA, FRODEBU, les gens que nous servons reconnaissent très bien que nous travaillons positivement.

B.B : Si je vous comprends bien, la question a été politisée !

Msgr : Non seulement politisée, mais aussi ce sont des gens qui ont profité du fait que la CNTB est à l’œuvre pour sorti leurs convictions politiques, ils ont certainement un projet politique quand ils parlent, mais objectivement parlant, ce sont les bénéficiaires qui savent comment travaille la CNTB et pas des gens assis commodément dans leurs bureaux.

B.B : Quelles sont les missions principales de la CNTB ?

Msgr : Vous savez, tout le monde connaît très bien les missions de la CNTB. Vous savez, tous ces gens-là qui ont crié haut et fort sont des gens qui étaient à Arusha. Ce sont des gens qui sont au parlement, ils savent très bien les missions de la CNTB. Mais en passant, la CNTB est chargée principalement de rétablir dans leurs droits tous ceux qui, à la faveur des différentes crises sociopolitiques qui ont émaillé l’histoire de notre pays, ont perdu leurs droits de propriétés sur leurs terres, leurs biens meubles et immeubles ainsi que d’autres biens. Bref, la CNTB est chargée de rétablir dans leurs droits ceux qui en ont été dépouillé.

B.B : Certains disent que vous violez les accords de paix d’Arusha, c’est vrai ?

Msgr : Non c’est tout à fait faux, parce qu’Arusha n’est pas quelque chose de figé. Ce sont des accords qui ont besoin d’être relus au vu de l’évolution positive de la situation qui prévaut au Burundi. A Arusha, on était dans un contexte de négociation, mais il y avait encore la guerre. Alors le texte d’Arusha est marqué par ce climat de guerre et d’une paix qu’il fallait conquérir. Aujourd’hui nous ne sommes plus dans un contexte de guerre, nous sommes dans un climat de paix retrouvée. Donc il s’agit d’une paix à consolider. Ce sont des acquis à protéger. Il y a alors cette différence qui oblige nécessairement le citoyen, et en particulier le législateur et le leader, à être attentif, à ne pas se figer sur le climat de guerre qui prévaut à Arusha, mais à ouvrir les yeux pour voir ce qui se passe réellement sur terrain ici au pays et c’est un climat très positif et qui amène même la CNTB à travailler dans ce climat de paix retrouvée. Nous ne violons rien, seulement nous prenons conscience qu’aujourd’hui nous ne pouvons pas travailler comme au début.

B.B : Il y certains occupants qui sont expulsés des maisons/parcelles dans lesquelles ils ont vécu pendant plusieurs années et pour lesquelles ils ont obtenu des titres fonciers, n’est-ce pas trop oppressif ça ?

Msgr : D’abord précisons au niveau du langage que nous n’expulsons jamais personne. Non ! Expulser ce serait expulser quelqu’un qui est dans son bien, dans sa maison. Ça nous ne le faisons jamais. Bien au contraire, nous réinstallons les gens dans leurs maisons. Alors, si pour faire une omelette, il faut casser l’œuf, nous ne pouvons pas installer quelqu’un dans une maison occupée par quelqu’un d’autre, il faut nécessairement que cet autre-là cède la place au propriétaire. Donc ce n’est pas nous qui l’expulsons, c’est lui qui part.

B.B : Partant d’un exemple le plus récent, l’affaire Justin Nyakabeto qui a été beaucoup décriée, n’est pas une expulsion ça ?

Msgr : Non ! Ce n’était pas une expulsion, nous l’avons aidé à sortir, (il rit) parce qu’il ne voulait pas céder la place au propriétaire de la maison. Donc nous ne l’avons pas expulsé parce qu’expulser quelqu’un suppose l’expulser de sa maison, et cela nécessite une décision judiciaire. Nous, nous n’avons que réinstallé le propriétaire légitime dans sa maison. Alors vous avez dit que nous « aidons à sortir des gens » qui sont muni d’un titre de propriété, mais vous n’avez pas précisé s’il est valide ou pas. Alors les gens qui quittent la maison ou la terre, pour les laisser aux propriétaires légitimes, c’est que, eux ne sont pas des propriétaires légitimes. Et cela signifie même qu’au niveau des papiers, leurs papiers ne sont pas valides, et souvent ils sont même faux, quelques fois même retravaillés, édulcorés. Donc ils n’ont pas de propriété valide et légitime, c’est pourquoi ils doivent céder la place à celui qui a un titre de propriété légitime, valable et valide.

B.B : Que pensez-vous de la théorie d’acquéreur de bonne fois ? La CNTB reconnaît-elle qu’il existe des acquéreurs de bonne fois ?

Msgr : Je suis heureux que vous me posiez la question après l’excellent atelier que nous avons eu le 24 juin dernier où des juristes chevronnés, bien informés nous ont éclairés sur la signification exacte de l’acquéreur de bonne fois. D’abord ils nous ont précisé que, entre le propriétaire, s’il est établi qu’il est propriétaire, tous les autres, y compris les acquéreurs de bonne ou de mauvaise fois, il n’y a pas de concours possible. Donc ça signifie qu’il n y’ a pas de problème. Le bien appartient au propriétaire. L’acquéreur de bonne ou de mauvaise fois n’a rien à gagner là-dedans. Quand le bien appartient au propriétaire, il n’a pas d’acquéreur ni de bonne fois, ni de mauvaise fois. Le droit de propriété est inaliénable, le droit de propriété est perpétuel. Cela signifie que personne ne peut jamais perdre son droit de propriété d’une façon arbitraire comme ça. Alors ici au Burundi, au su de ce qui s’est passé, il n’y a fondamentalement pas d’acquéreur de bonne fois, parce que ça signifierait ici qu’il y a des gens qui n’ont jamais su ce qui s’est passé ici au pays ! Or tout le monde sait parfaitement ce qui s’est passé dans ce pays. Alors si quelqu’un s’amuse à acheter une maison qui n’a pas de papiers, comment va-t-il me chanter qu’il est acquéreur de bonne fois ? Il ne voyait pas que cette maison n’avait pas de papiers ? On me dit souvent qu’il s’agit d’un acquéreur au 4ème degré, mais pourquoi ne fait-il pas la vérification d’usage pour savoir si les papiers lui présentés par le 3ème acquéreur qui devient le vendeur sont dûment établis par l’autorité légitime au titre foncier ? Au titre foncier, ne se rend-il pas compte que la date de ces documents est d’après 1972 pour au moins s’en méfier ? Voilà le problème.

B.B : Mais certains papiers ont été délivrés par l’Etat !

Msgr : Nous avons même des tricheries au niveau des titres fonciers. Nous avons des directeurs des titres fonciers dans l’histoire de ce pays qui ont faussé les papiers dont ils disposaient dans les archives. C’est pourquoi nous avons des sinistrés, des rapatriés qui trouvent que l’autre a un titre de propriété signé par le directeur des titres fonciers dans cette période sombre là. Nous avons de faux documents délivrés par une autorité dûment établis comme un procureur de la république qui donne un titre pour une propriété usurpée, spoliée. Nous avons des administrateurs communaux qui, eux aussi, délivraient des papiers d’une façon fantaisiste. Mais, est-ce que tout cela donne le droit à l’occupant de prendre la place du propriétaire ? Non ! Tous ces éléments ne suffisent pas pour ôter le droit de propriété au propriétaire légitime. Alors, de notre part, s’ils sont faux, ils sont faux.

B.B : Des fois vous dites que les présidents qui se sont succédés au pouvoir avaient décrété la restitution des biens occupés à leurs propriétaires tués ou réfugiés, avez-vous des preuves ?

Msgr : Bien sûr que oui, les textes sont disponibles, clairs et nets, sauf qu’ils n’ont pas eu d’effets, parce qu’il n’y avait probablement pas de mécanisme suivi pour obliger les gens à restituer. Ce mécanisme est arrivé avec la CNTB. Evidemment c’est une situation antipathique de quelqu’un qui, pendant 40 ans, a menti à sa femme, à ses enfants, aux voisins, au pays tout entier qu’il possédait légalement une maison ou une voiture. Alors aujourd’hui la CNTB vient et dit monsieur le propriétaire légitime est là, vous devez décamper et lui laisser la place. Nous avons beaucoup de situations d’ailleurs ; toutes les situations que nous avons qui sont liées à la crise de 1972, nous les avons parce que les gens n’ont pas obtempéré, n’ont pas obéi à la loi parce que c’était des décrets, donc des lois. C’est ça le malheur. La loi était bonne, mais les hommes ne l’ont pas suivie.

B.B : Dans quelles provinces/régions y a-t-il plus de problèmes par rapport aux autres ?

Msgr : La situation qui nous occupe est une situation nationale. Ne pensons pas que, parce que le nombre de litiges enregistrés à la CNTB est plus élevé dans les provinces du sud et de l’ouest : Bururi, Makamba, Cibitoke et Bubanza et dans une moindre mesure Rutana, il n’y en a pas dans les autres provinces. Par exemple ici à Bujumbura, moi je suis convaincu que très bientôt nous aurons un nombre très impressionnant de litiges devant la CNTB. Tout n’est pas dit. Je suis sûr qu’à Gitega nous risquons d’avoir un nombre plus élevé de litiges. Jusqu’ici, nous nous sommes principalement occupé des litiges fonciers, mais sachez que nous avons des centaines de milliers d’autres litiges qui regardent d’autres biens et ces litiges se trouvent dans toutes les provinces du pays et ce sont des litiges qui ne sont pas moindre. Ce sont des litiges qui concernent les voitures, les comptes en banque, et l’argent qui était à la CADEBU, les vaches, les chèvres, les moutons, les ustensiles ; ce sont aussi des litiges sérieux parce qu’ils mettent en mal l’idée de la réconciliation et tant qu’ils ne sont pas réglés. C’est donc pour dire que dans toutes les provinces du pays nous avons des problèmes.

B.B : Il y a une opinion qui dit que l’institution que vous dirigez s’attaque aux tutsi au dépens des hutu, est-ce vrai ?

Msgr : C’est archifaux, et je dois insister tout de suite que c’est faux, parce que cela signifierait que les Tutsi parce qu’ils sont Tutsi sont des spoliateurs attitrés et que les Hutu parce qu’ils sont Hutu ce sont des victimes des Tutsi. La réalité n’est pas de ce point de vue là. Ce que nous savons même, au vu de l’expérience acquise dans le traitement des dossiers par exemple dans la province de Makamba, la plupart ou presque la totalité, des litiges sont entre les Hutu et les Hutu, les litiges entre les Hutu et les Tutsi sont assez limités. A Bururi par contre, nous avons des litiges qui opposent les Tutsi et les Hutu, mais ce n’est pas des Tutsi du coin, mais des Tutsi qui sont descendus d’ailleurs. Ceci pour dire que chaque province a sa caractéristique et je pense que nous ne pouvons pas dire que c’est vraiment un problème ethnique. Quand il s’agit de spolier, le Hutu spolie et le Tutsi spolie, et quand il faut restituer, il doit restituer qu’il soit Tutsi ou Hutu. Donc dans cette question là, l’appétit des spoliateurs ne faisait pas la différence entre les Hutu et les Tutsi. Par exemple dans la province de Cibitoke, il y a une commune où des Tutsi occupaient les terrains laissés vacants par les Hutu en fuite vers le Congo et il y a une autre où ce sont les Hutu qui occupaient les biens laissés vacants par les Hutu parce que là-bas il n’y avait pas de Tutsi pour les occuper. Alors les gens qui avancent de telles raisons sont des gens qui, dès le début, devaient dire ces choses-là parce qu’ils ne se rendent compte que la réalité est différente.

B.B : Que pensez-vous de la restitution à l’amiable ?

Msgr : Il s’agit plutôt d’un arrangement à l’amiable, un bricolage ; c’est quelque chose qu’on invente pour arriver à une solution. C’est un arrangement à l’amiable parce qu’on n’arrive pas à une solution juste, ou bien on a peur d’arriver à une solution juste. Cette histoire d’arrangement à l’amiable est un terme qu’on a inventé dans la situation du Burundi pour éviter une réaction violente de la part de celui qui doit restituer parce que la loi dit bien qu’il faut restituer, mais à un certain moment on a eu peur de la réaction de celui qui devait restituer. On a alors essayé d’amadouer le propriétaire légitime pour qu’il accepte de céder une partie de son bien à celui qui l’occupait. Est-ce juste au moins ? Une personne qui restitue un terrain qui n’est pas le sien, le fait-il à l’amiable ? Comment ? C’est son devoir de restituer ! Il y en a qui disent que, parce que l’autre comprend qu’il doit restituer, ça devient à l’amiable, et quand il ne comprend pas et qu’on doit l’y obliger, on dit que ce n’est pas à l’amiable. Je crois donc que c’est un terme indu. La restitution, c’est la restitution parce que la loi et la justice le veulent ainsi. Celui qui doit restituer, ami ou pas, il doit restituer. Ce que je peux dire alors, c’est que si le propriétaire légitime décide lui-même de partager ou de céder une partie à celui qui l’occupait pour des raisons humanitaires parce qu’il voit que l’autre n’a pas où aller, alors là oui ; il a pris une décision amicale. C’est le propriétaire qui accepte de partager qui fait les choses à l’amiable, nous devons nous entendre là-dessus.

B.B : De toutes les façons, vu les lamentations ici et là envers la CNTB, n’y aurait-il pas quelque chose qui manque dans ce processus ?

Msgr : D’accord, je comprends. Vous dites bien que, s’il y a des lamentations, il n’y a pas de fumée sans feu. Est-ce que la CNTB n’a rien à se reprocher de ce point de vue ? Moi je peux vous dire que la seule chose dont la CNTB doit se reprocher, c’est d’avoir tardé à comprendre qu’elle devait nécessairement travailler de pleins pieds, sans hésiter, sans tergiverser, sans demi-mot, dans le sens du rétablissement, sans condition, des sinistrés dans leur droit de propriété. La CNTB elle-même a mis du temps pour comprendre que c’est son devoir primordial. Alors il y a eu des hésitations, il y a eu justement des bricolages, des arrangements, des partages égaux dans lesquels le propriétaire légitime, le sinistré, perdait toujours la moitié de son bien. La CNTB doit alors battre sa coupe et demander pardon pour s’être trompée au début et être allée du mauvais côté. Aujourd’hui que la CNTB a repris le bon chemin, il y a des gens qui se lamentent.

B.B : Peut-être c’est parce que ces familles expulsées ne sont pas indemnisées !

Msgr : Le fond d’indemnisation n’est qu’une autre trouvaille pour les détracteurs de la CNTB. Ils disent qu’avant de restituer, ils devraient être indemnisés pour avoir occupé et exploité un bien qui n’était pas le leur pendant 40 ans. Une maison qui leur avait permis d’en construire trois autres pendant 40 ans, eh bien il faut les indemniser ! C’est une aberration ! Le fond d’indemnisation est d’abord destiné à compenser les pertes subies par les sinistrés. Il est destiné à quiconque a perdu un bien quelconque et qu’il n’arrive pas à le récupérer. Mais s’il advenait que même un occupant d’une maison ou d’une terre ait vraiment perdu un bien quelconque à cause de ce qui est arrivé pendant les périodes sombres de notre histoire, il a le droit d’être indemnisé. Par exemple, nous avons parmi les déplacés des gens qui ont perdu ce qu’ils avaient et qui occupent des terres appartenant à des privés, alors ceux-là doivent être indemnisés parce que ce sont des déplacés sinistrés. Alors, ne confondons pas les choses : fond d’indemnisation oui, mais pour les sinistrés.

B.B : Toujours sur ce fond d’indemnisation, qui indemnise qui ?

Msgr : Le danger qui puisse exister est que le sinistré indemnise l’occupant. Ça c’est dangereux ! Le partage en deux parties égales c’est quoi ? C’est que le sinistré indemnise l’occupant ! C’est injuste ! Autre chose, il y a ceux qui pensent que c’est l’Etat qui doit toujours indemniser, non, Monsieur ! Par exemple, il y a quelqu’un qui achète une maison et qui est donc roulé dans la farine par celui qui la lui vend. Eh bien lorsqu’il la restitue, il ne doit pas s’en prendre à l’Etat, ni à celui qui est rétabli dans ces droits, mais il doit s’en prendre à celui qui la lui a vendue. C’est lui qui doit l’indemniser. Alors le fond d’indemnisation par l’Etat lorsque c’est l’Etat lui-même qui doit payer pour le tord qu’il a fait subir à ces citoyens.

B.B : Comment appréciez-vous la couverture médiatique des activités de la CNTB ?

Msgr : Merci beaucoup de cette question. Positivement les activités de la CNTB n’ont pas été bien médiatisées, tout simplement parce que la CNTB n’avait pas les moyens nécessaires pour faire cette action comme elle aurait pu le faire. Donc, les burundais eux-mêmes et la communauté internationale n’ont pas été suffisamment bien informés. De l’autre côté, la CNTB a été à la une des radios et d’une certaine opinion justement. Il y eu des gens qui avaient intérêt à en parler négativement. Alors ici, la CTNB a été massacrée, elle a été crucifiée, elle a été mise au tombeau.

B.B : Par qui ?

Msgr : Par ceux-là même qui ne savent pas que les choses changent dans ce pays. Mais ce qui est encourageant, c’est que, bien que cette information négative ait été bien orchestrée et, d’une façon vraiment soutenue, livrée au public, elle n’a pas pu noyer le peu d’informations positives que la CNTB a réussi à faire passer. Le résultat est qu’aujourd’hui, l’opinion majoritaire dans ce pays est au côté de la CNTB. Cela signifie que le travail de harcèlement, de mis à mort et d’enterrement de la CNTB n’a pas eu les effets escomptés.

B.B : Vous avez des chiffres ?

Msgr : Bien sûr ! Mais les chiffres qui parlent ne sont pas des chiffres de ceux qui parlent positivement ou négativement. C’est plutôt cet engouement, cet élan toujours en crescendo des populations à recourir à la CNTB, des messages, des coups de téléphone, les gens sont vraiment contents. Je ne parle pas du soutient du chef de l’Etat qui interprète le sentiment populaire quand il parle. Quand il félicite la CNTB, ce n’est pas à titre personnel seulement, c’est au nom de la Nation burundaise. Pour les chiffres que vous demandez, c’est que nous voyons une croissance ininterrompue des plaintes qui sont portées devant la CNTB. Je vous cite un exemple, l’année passée, la seule province de Bubanza a enregistré plus de 1800 nouvelles plaintes et à chaque fois que nos membres descendent dans les provinces, il n’y a aucune commune qui n’enregistre de nouveaux cas, nous avons des milliers et des milliers de nouveaux cas. C’est ça qui nous réconforte et qui nous dit que les gens sont contents du travail de la CNTB.

B.B : Appréciez-vous le comportement des administratifs et des représentants du peuple vis-à-vis des activités de la CNTB ?

Msgr : Positivement je donnerais un avis mitigé. Il y a des administratifs qui participent activement aux activités de la CNTB parce que nous avons des collaborateurs sur toutes les collines du Burundi et c’est toujours les élus collinaires. Avec ceux-là nous n’avons rien à nous plaindre de façon dramatique. Au niveau communal, nous avons des représentants du conseil communal et de l’administration communale dans toutes les communes du pays. Là aussi nous avons rien à nous plaindre parce qu’ils sont toujours à nos côtés quand nous allons travailler dans les communes. Au niveau provincial, nous avons un représentant de l’administration provinciale et un représentant de la société civile. Là aussi nous n’avons pas de problème. Mais, des obstacles s’observent de la part de certains chefs de bureau surtout quand nous leur demandons des documents ou quand nous leur demandons de nous soutenir. Donc, même si nous travaillons ensemble, il y a certains individus qui n’ont pas encore compris qu’ils doivent s’engager résolument à notre côté. Nous avons également des problèmes avec certains membres du corps judiciaire, mais je le dis bien, pas tous ! Juste quelques uns. Il y a des coins où ça fonctionne très bien, où il y a même certains hommes judiciaires, même des présidents des tribunaux, qui nous demandent des conseils.

B.B : Il se peut qu’il y ait des biens (maisons, parcelles) que vous restituez au propriétaire qui les vend après sans consensus des autres membres de la famille. Ceux-ci reviennent de l’exile et entament d’autres réclamations alors que le processus de restitution est terminé, de tels cas, sont-ils nombreux ?

Msgr : Ce sont des cas disparates, moins nombreux. Mais, même s’ils étaient nombreux, je n’en serais pas scandalisé, parce que même des familles qui ne sont jamais passées par la CNTB connaissent la même situation. Il y des papas qui vendent sans que leurs enfants ne le sachent alors qu’ils n’ont jamais été à la CNTB ! Il y a des enfants qui trichent avec leurs parents sans qu’ils aient passé par la CNTB. La CNTB en général rétablit les sinistrés dans leur situation d’avant la crise qui a provoqué leur exil. Cela peut se passer dans n’importe quelle famille du Burundi. Alors si une telle situation se présente, où quelqu’un vole un terrain qui ne lui appartient pas pour le vendre, ça c’est une affaire pénale et ici, il y a des mécanismes judiciaires pour se saisir de l’affaire. Mais, je dois préciser que de notre côté, nous essayons de protéger le bien que nous restituons. Nous écrivons qu’il est interdit de vendre, d’aliéner, de transformer, surtout de vendre le terrain sans le consensus des membres de la famille. Alors si la personne passe outre, ça c’est pénale.

B.B : Comment appréciez-vous les réalisations des commissions ou équipes antérieures, à l’instar de la CNRS et de l’équipe qui était dirigée par l’abbé Aster Kana ?

Msgr : Je pense qu’il faut distinguer deux choses : La Commission Nationale pour la Réinstallation des Sinistrés, prédécesseur de la CNTB, était présidée par Frédéric Bamvuginyumvira. A ce temps là, moi je n’étais pas au Burundi, mais aujourd’hui au cours de mon travail, je demande toujours aux gens de me montrer les résultats du travail de la CNRS où elle aurait réinstallé un sinistré dans ses biens, je n’en ai pas vraiment rencontré un seul cas. Peut-être que les gens savent un quelconque cas, mais moi je n’en ai pas encore eu, et pourtant j’en ai toujours demandé. Peut-être que cette commission aurait fait autre chose comme la distribution des vivres, mais sincèrement je ne vois pas ce qu’elle a fait. Je ne critique pas, mais j’aimerais moi-même en savoir plus pour peut-être profiter de son exemple. Je dis que j’aurais aimé avoir un seul cas où la CNRS aurait réinstallé quelqu’un dans ses propriétés pour savoir au moins comment les gens ont réagi à ça, mais je n’en ai pas encore trouvé, c’est étonnant que personne n’en parle ! Mais, concernant mon prédécesseur, l’Abbé Aster Kana, c’est récemment que j’étais chez un grand diplomate étranger, un ambassadeur. Il m’a posé la même question. Il m’a dit ceci : « Il y a des gens qui disent que lorsque feu l’Abbé Kana dirigeait la CNTB il n’y avait pas de bruit, que tout allait bien, mais qu’aujourd’hui il y a du bruit, pourquoi ? ». Je lui ai dit « Excellence, est-ce que réellement mon prédécesseur a eu le temps de diriger la CNTB ? » C’est la question que je lui ai posée. Il m’a dit qu’il ne savait pas. Tout simplement, mon prédécesseur n’a pas vraiment eu le temps de diriger la CNTB. A part la maladie qui l’a assommé si tôt, il n’avait même pas le temps de se dédier complètement au travail de la CNTB parce qu’il avait beaucoup d’autres occupations, très importantes d’ailleurs. Moi j’ai le temps suffisant d’être au service de la CNTB. Si l’Abbé Aster Kana avait eu l’occasion de dédier le même nombre d’heures à la CNTB que j’en ai aujourd’hui moi, certainement qu’on lui aurait jeté plus de pierres et, puisque c’était au début du processus, il aurait encaissé des coups terribles plus que moi. Mais je tiens à le remercier comme un ami très cher à moi, avec qui nous avons grandi ensemble et qui a eu lui aussi, il y en a qui ne le savent pas, son lot de souffrances ici à la CNTB.

B.B : Les décisions que prend la CNTB sont souvent contestées par certaines associations tant politiques que civiles, à l’instar des Bashingantahe et du parti Uprona. Que pensez-vous de cette position hostile contre votre manière de travail ?

Msgr : Merci de cette question. D’abord, l’institution des Bashingantahe en tant que telle n’a jamais et jamais parlé contre la CNTB. Je prends à témoin les déclarations du président du Conseil National des Bashingantahe, l’Ambassadeur Balthazar Habonimana ayant participé dans deux événements organisés pour la CNTB. Au terme du premier qui était organisé à Bujumbura en date du 17-18 décembre 2012, il a fait une déclaration qui nous enchante en disant ceci : « Je remercie les organisateurs et les conférenciers parce que la plupart des choses que vous nous avez dit ici, je ne les avais jamais entendues. Si les gens savaient ce que j’ai appris aujourd’hui, ils changeraient d’avis sur tout ce qu’ils ont raconté jusqu’ici. » C’est la même déclaration qu’il a faite lors du récent l’atelier du 24 juin 2013. En d’autres termes le Conseil National des Bashingantahe apprécie les activités de la CNTB et n’a rien contre la CNTB. Sauf ces quelques individus isolés, dont on peut même savoir les raisons qui les poussent à parler contre la CNTB. Nous sommes très bien informés sur ces cas là isolés.

Pour le parti Uprona, nous avons des upronistes au nombre de18 sur un personnel de 50 personnes. Des upronistes qui participent aux activités et qui prennent les décisions avec nous, et il n’y a aucune décision qui passe sans leur consensus. Alors comment le parti Uprona pourrait-il s’opposer à des décisions qui sont prises par 50 personnes dont 18 sont leurs partisans ? Comprenez alors que ce sont des opinions des individus, même quand il s’agit du président de l’Uprona qui parle, sachant qu’il y a beaucoup d’upronistes qui ne sont pas du même avis. Le parti Uprona a droit de manifester ses critiques, ses perplexités, mais il n’a aucun droit de refuser car il serait contre lui-même.

Quant à la société civile. De ma part, lorsque vous prononcez cette expression de « société civile », ça me dérange. Si c’est réellement vrai qu’ils n’ont aucun intérêt politique à défendre, qu’est-ce qu’ils défendent alors dans ce pays ? Qu’ils se taisent donc ! Etre de la société civile ne signifie pas ne défendre aucun intérêt politique, mais plutôt n’appartenir à aucun parti politique ! Alors, est-ce que ne pas appartenir dans aucun parti politique signifie ne pas défendre un intérêt politique ? Une question : Est-ce que ces gens-là ne votent pas lors des élections ? Et alors s’ils ne votent pas, n’est-ce pas un choix politique ça ? Dire donc qu’ils ne défendent aucun intérêt politique, c’est faux ! Ils ont un côté politique clair, ils s’opposent systématiquement à un certain courant politique, et ce qui est malheureux, ils s’opposent à la CNTB pour des raisons politiques ! Alors qui peut les croire quand ils disent qu’ils n’ont aucun côté penchant ? J’aimerais inviter les burundais à être honnêtes. La société civile ici chez nous défend des idées politiques et elle a des penchants politiques.

B.B : Il se peut que le mandat du président de la CNTB ait expiré !

Msgr : C’est faux parce que le président de la CNTB n’a jamais eu aucune durée de mandat. Moi j’ai un décret qui me nomme président de la CNTB. Ce n’est écrit nulle part que mon mandat commence tel jour et expire tel jour. Le mandat qui expire est celui dévolu à la commission elle-même. Alors ici, la loi dit que la commission a un mandat de 36 mois renouvelable pour 24 mois. Ce mandat de 36 mois est en vigueur jusqu’au 04 avril 2014. Ceux qui racontent des histoires, qu’ils soient patients, parce dans l’entre-temps, il peut se passer quelque chose qui change la donne. A supposer que la loi change et soit révisée, eh bien on démarre sur un nouveau mandat qui serait déterminé par la nouvelle loi. En attendant, moi je reste tranquille parce que, comme je n’ai aucune durée de mandat, demain si le président de la république me remercie, je lui remercierais de m’avoir remercié et je partirais heureux puisque je n’ai pas démérité.

B.B : Quel message à ceux qui vous lisent ?

Msgr : Le message que j’aimerais partager avec ceux qui nous lisent est un sentiment de sérénité que je sens à moi-même et autour de toute la commission malgré justement les coups que ne cesse de nous asséner d’une façon implacable une certaine opinion, et j’insiste que c’est vraiment une certaine opinion minoritaire. De notre côté, nous sommes très sereins, contents et déterminés à aller de l’avant dans notre action que, avec beaucoup de burundais, nous trouvons réconciliatrice. Notre réconfort est que les burundais comprennent ce que nous faisons. Confiants que nous sommes les seuls à pouvoir toucher toutes les collines du pays, quand nous circulons à travers le Burundi, nous remarquons une véritable révolution qui est entrain de s’opérer dans les cœurs. Nous sommes heureux que les Burundais comprennent, dans une crainte révérencielle, à respecter le bien qui appartient à autrui en disant « La CNTB est entrain de nous ramener à l’ordre ». Quand nous voyons que la population est entrain dans l’idéal du respect du bien public d’une façon massive, nous nous permettons tous les espoirs. J’inviterais alors les burundais à se ranger au côté de la CNTB pour l’aider à continuer à servir mieux ce peuple que nous aimons et qui compte sur nous, ces sinistrés qui avaient perdu tout espoir et qui aujourd’hui le retrouvent, à construire notre pays ensemble, dans l’unité retrouvée, dans un pays réconcilié avec lui-même, un avenir meilleur pour tous.




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