Le Burundi a du pain sur la planche pour convaincre ses partenaires




Par: Bernard Bankukira , vendredi 13 juin 2014  à 13 : 06 : 54
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Le Burundi doit fournir plus d’efforts pour renforcer la bonne gouvernance et promouvoir la transparence dans la gestion des finances publiques et des aides extérieures afin d’encourager les partenaires du développement à honorer leurs engagements pris dans le cadre du partenariat. Telle est l’une des principales recommandations formulées par les participants dans un atelier de restitution de l’étude sur les progrès du Partenariat mondial pour une coopération efficace au service du développement ce jeudi à Bujumbura.

Dans cette étude menée en février 2014 par Development Initiatives-Africa Hub, une organisation visant à mettre fin à l’extrême pauvreté d’ici 2030, dans quatre pays dont le Burundi, le Kenya, le Ghana et le Mozambique, il a été signalé que le Burundi a réalisé d’importants progrès pouvant permettre un partenariat mondial bénéfique, mais que des défis restent toujours énormes pour stimuler les donateurs à honorer leurs engagements.

En effet, l’étude note des progrès en matière d’amélioration de la gouvernance et de la consolidation de la paix après des années de guerre civile, des conditions sine qua non pour mettre en œuvre avec succès un solide plan de développement économique. Aussi, cette étude montre que des mécanismes efficaces ont été conçus pour permettre une meilleure coopération entre les intervenants en matière de développement.

Malgré ces réalisations, beaucoup restent à faire. Au cours des échanges, les participants dans cet atelier ont relevé le manque de transparence qui se traduit par la limitation des données, ce qui empêche le suivi des progrès réalisés, la compréhension des actions menées au Burundi à partir desquelles une programmation future peut être préparée par les bailleurs.

De plus, bien que l’étude reconnaisse une avancée significative en matière de gouvernance, le niveau reste faible et cela se traduit par une opacité dans certains aspects à l’instar la gestion des finances publiques et des aides extérieures. Cela s’accompagne d’une faible capacité d’absorption du gouvernement, ce qui empêche de tirer profit au maximum des différentes ressources qui arrivent dans le pays.

En plus des manquements observés au niveau national, des déficiences s’observent également au niveau des bailleurs de fonds d’une manière générale dans l’octroi des aides aux pays nécessiteux, notamment une certaine lenteur dans le respect des engagements prix, des conditionnalités énormes pour le déblocage des aides, l’ignorance des priorités locales ou des besoins nationaux et une faible considération des experts nationaux dans les pays destinataires.

Les participants ont appelé les bailleurs de fonds à honorer leurs engagements pris dans le cadre du partenariat, à privilégier les experts nationaux dans l’accompagnement des projets visant à promouvoir le développement au Burundi, à s’inspirer des priorités locales et à orienter leurs financements dans les secteur clés de développement au Burundi, notamment l’agriculture et l’élevage, la santé et l’éducation.

Les participants ont suggéré plus d’implication des partenaires nationaux dans la planification, exécution, suivi et évaluation des projets de développement en impliquant tous ceux qui ont un rôle à jouer, sans oublier la société civile, les groupes vulnérables tels que les handicapés, les femmes et la jeunesse qui constitue la majorité de la population, ceci pour s’assurer que le partenariat mondial aboutisse à un développement effectif.

Dans une interview exclusive en marge de l’atelier avec Ambassadeur Donias Niyongabo, Directeur Général de la Programmation du budget au ministère burundais des finances et de la planification du développement économique, il a fait savoir que l’implication des experts nationaux dans l’exécution des projets de développement en Afrique en général et au Burundi en particulier est le moyen efficace d’arriver aux performances excellentes.

« L’alignement des experts nationaux, parce qu’il y en a beaucoup, dans les projets de développement peut permettre à enregistrer des performances à l’ordre de 95% à la fin du projet, » a-t-il dit, soulignant que l’alignement des expatriés qui ne connaissent pas les réalités africaines sur terrain n’est qu’un simple prélude de l’échec d’un projet.

Ambassadeur Niyongabo a dénoncé ce qu’il a qualifié de « one size fits all » par lequel les partenaires de développement arrivent avec des modèles préconçus et sous-évalués par manque de connaissance du pays, sans tenir compte des spécificités nationales et locales.

« Ce qui fonctionne dans d’autres pays ne doit pas nécessairement fonctionner chez nous et chaque pays à ses caractéristiques propres à lui, » a-t-il souligné.

De sa part, Sarah Hénon, Analyste au sein de Development Initiatives, a fait savoir que l’un des principaux obstacles au partenariat mondial au Burundi et dans plusieurs pays africains est le manque d’une gouvernance fiable pour une transparence dans la gestion des ressources et une meilleure gestion des fonds publics afin d’assurer la confiance des partenaires mondiaux. Elle propose plus d’implication des autres acteurs nationaux tels que la société civile pour effectuer une veille et assurer un suivi des actions qui sont déployées par le gouvernement.

S’exprimant sur la question des conditionnalités formulées par les bailleurs de fonds dans l’octroi des aides, Sarah Hénon a indiqué qu’elles sont faites parce que les aides octroyées proviennent des impôts et taxes des contribuables dans les pays donateurs.

« Les conditionnalités existent parce que les bailleurs de fonds ont leur agenda, leurs priorités et surtout parce qu’ils sont redevables devant les publics de leurs pays, des contribuables qui sont l’origine de cette aide au développement, » a-t-elle, reconnaissant néanmoins avec regret que ces conditionnalités entrainent souvent la lenteur dans l’engagement des fonds promis par les donateurs et ne reflètent généralement pas la réalité sur terrain en Afrique.

Selon Blaise Gahungu, président de la plateforme des organisations de la société civile au Burundi, le partenariat devrait s’élargir au niveau de la base pour qu’il soit bénéfique aux populations. Selon lui, cela favoriserait aussi la transparence dans la gestion de l’aide au développement en Afrique en général et au Burundi en particulier.

Cette étude menée par Development Initiatives-Africa Hub s’inscrit dans le cadre du partenariat mondial pour une coopération effective au service du développement approuvé à Busan en Corée du sud en 2011. Ce partenariat repose sur quatre principes visant à renforcer la maîtrise des programmes de développement par les pays en voie de développement, s’assurer que la coopération donne des résultats concrets, assurer l’implication de plus d’intervenants dans le partenariat et favoriser la transparence et la responsabilité mutuelle entre les partenaires du développement, et entre les gouvernements et leurs citoyens.




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