Burundi, de quel enseignement, Bon Dieu ?




Par: Audace Machado , mercredi 24 décembre 2014  à 08 : 14 : 23
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«  C’est dommage que, malgré les logiques de mondialisation, nous continuons de regretter le presque inexistant planning dans le domaine de l’enseignement, au Burundi  », Paul Ngarambe, retraité de l’UNESCO, insistait-il sur le danger. C’était lors d’une soirée d’échange sur l’éducation au Burundi, en faveur des jeunes encadrés par l’ONG Tevel. Plus tard, échangeant sur un projet d’encadrement des stagiaires finalistes du cycle BMD –système instauré en 2011-, Evariste Ngayimpenda, historien et Recteur de l’Université du Lac Tanganyika me révélait une vérité : « Vous ne pouvez pas imaginer que même à l’Université Nationale, même au département d’Histoire, on n’enseigne presque pas de l’histoire du Burundi ». Une pensée me trotta la tête, « Même la religion la plus universelle et conservatrice reconnait, depuis un des derniers conciles, les valeurs des cultures locales  ». Faut-il garder espoir en les reformes annoncées par le CSLP II ? Quels crédits donner aux résultats des récents Etats Généraux de l’enseignement au Burundi –du 2 au 5 Décembre 2014- ? Un fait : des contradictions restent posées sur le plan stratégique et financier.

De ces consultations baptisées ‘Etats Généraux’

« La participation fut actif, ce qui est bon signe », confirme Daniel Bitagoye, un retraité du ministère de l’enseignement supérieur, et qui y participait. Est-il vrai que certains auraient souhaité l’analyse des situations par catégorie, étant donné que, malgré une interconnexion flagrante, les problèmes, les besoins et enjeux restent particulièrement impressionnants, du primaire à l’université, passant par le secondaire et l’administration. « C’est déjà grand qu’on fasse un mea culpa face aux problèmes, et qu’on accepte d’y apporter un débat », continuait Bitagoye. Le prochain, s’il s’organisait, il devrait éviter le passage « du coq à l’âne : pour des raisons pratiques, il est difficile de parler des cas d’abandon scolaire ou des défis de ‘l’école fondamentale’ au primaire, par exemple ; y ajouter des questions de régie à l’université publique, de bourse ou du nouveau système BMD à l’enseignement supérieur. Ce sont des énigmes qui doivent être abordées distinctement, bien que liées », explique le Professeur Gérard Nkunzimana, Recteur de l’Université Lumière de Bujumbura.

Reformer quoi ?

Déjà, ce mot fait peur parce que personne au monde n’aime le changement. La base semble détruite déjà : « La période de la guerre a tout ruiné », analysait Pierre Nkurunziza, lors d’une émission radiophonique, ce même Décembre. A la question lui posée sur le niveau et projet –de son gouvernement- de l’éducation au Burundi –encore qu’aucun parti politique ne se montre leader d’un seul projet d’enseignement, déjà en pleine campagne électorale-, le Chef de l’Etat paraissait ne même pas savoir par où commencer : « Vous ne savez pas des conséquences de la guerre de 1993, telles des élèves qui avançaient de classe juste sur menace de tuer des enseignants ? ». Attendant le bilan que son gouvernement promet, à travers sa parole, saura-t-il répondre, peut-être, comment sous son règne, un petit élève de l’ETS, se nommant ‘Commandant’ faisait la pluie et le bon temps : ne décidait-il pas du sort, voire de la vie ou de la mort de certains enseignants de cet établissement érigé en pleine capitale Bujumbura ? Pensons à la situation, ailleurs dans le pays : continuera-t-on à parler des cas de viol que des enseignants commettent sur leurs ‘éduquées’ ? Du ‘Commandant’, les medias locaux le décrivaient de leader de jeunes affiliés au parti au pouvoir, dans ce pays. Au passage, un fellow Népalais –Tevel- témoignait, « Nous avons encore la chance qu’au Népal, l’enseignant est considéré comme un petit dieu ». La question reste primordiale, parce que le défit –pas le seul- est, à la fois transversal et enracinés à différents niveaux, échelons et institutions du secteur.

L’œuf ou la poule ?

Pour l’enseignement primaire, le gros des programmes daterait d’avant le colloque de 1989. « L’ecole fondamentale » vient s’y adapter. La signification et les conséquences de cette sénilité des programmes sont parlantes. A ce niveau, le CSLP I proposait une reforme quantitative que qualitative : au primaire, il défend la multiplication des infrastructures. Au secondaire, il favorise des plans de sensibilisation des jeunes à fréquenter l’école. A-t-on mal compris les fameuses Objectifs du Millénaire pour le Développement ? En tout cas, le Burundi parait ne juste se limiter qu’aux logiques de Melinda Gates, « Un enfant issu de parents –mère- alphabétisés, a plus de chance de poursuivre sa scolarité ». Cette logique Maoïste, pour ne pas dire Chinoise, limite absolument les opportunités du Burundi. « On ne connait pas une seule société qui s’est développée sans avoir investi dans l’enseignement supérieur », avance Daniel Bitagoye, expert de l’enseignement. Mais encore, du primaire à l’université, le professeur Gérard fait un constat amer : « Il n’y a pas de continuum. C’est décousu ». Mais la question reste : puisque le pays semble dans l’incapacité de redresser le défi, comment reformer l’université, secteur aux plusieurs problèmes déjà, étant donné que les pépinières produisent des « déperditions » ? Or, la logique, dans toutes les stratégies de planification, nous oriente à penser, réarranger le secteur universitaire d’abord : pour le Burundi, en tout cas, cette stratégie semble efficace, parce qu’elle est plus mesurable.

Pourquoi crée-t-on des universités au Burundi ?

33.000 étudiants, c’est l’estimation totale pour le public et le privé, la période 2015-2016. Apparemment, c’est un bon et bel appât, cette structure : « On est passé de 51 à 349 étudiants, entre 1961 et 1972, à la seule Université publique », authentifie Antoine Mivuba, un autre connaisseur du système éducatif Burundais. Pourtant, les logiques n’ont pas réellement évolué, comme une étude de l’historien Ngayimpenda Evariste l’attestait – 2008 - : « Les méthodes d’enseignement généralement pratiquées se ramènent à une simple transmission des connaissances ou plutôt des savoirs dans un climat de dépendance et d’assistance ». En d’autres mots, tellement le besoin de compétition s’absente, jusqu’il y a quelques années, l’Etat offrant le travail aux quelques finalistes. En outre, le pays n’est pas d’une logique concurrentielle en ce qui est de l’économie, jusque récemment : nous pouvons évoquer, notamment, avec l’entrée du Burundi à l’EAC. Voila une autre justification du constat de l’historien : « Ce sont des méthodes magistrales peu créatrices et peu favorables à la participation des étudiants dans l’acquisition des savoirs et des connaissances, puisqu’il est rarement fait appel à des savoir-faire ». Son collègue, le Recteur de l’ULBu de dire, « On ne défini pas, des le primaire ou le secondaire, les profils de sortie. C.-à-d. qu’il n’y a pas de dialectique du genre ‘nous formons les enfants pour qu’ils deviennent ceci ou cela ». Bien sûr, le Professeur évoquera qu’il existe des filières mieux organisées voire compétitives sur le plan international, tel la Médecine, INSP, l’ISCAM, IEPS, etc.

Où va-t-on, et pourquoi ?

« Construite pour une capacité de 2500 étudiants, l’Université du Burundi en forme plus de 12 000, maintenant », remarquait Ngarambe Paul, redevenu instructeur à la dite université. « Notre Université Nationale du Rwanda accueille, à elle seule, plus de 30 000 étudiants, et aux mêmes dimensions que la votre », témoignait un expert-invité Rwandais au ‘sommet’ dit Etat Généraux de l’Enseignement. Celui-ci observait, par conséquent, que c’est un problème de politique général de l’enseignement auquel fait face le Burundi. En effet, l’Université du Burundi défini bien les problèmes de l’enseignement supérieur de ce pays. Il faut « un minimum de cohérence dans l’avenir », dans la gouvernance de cette université du publique, « ce qui éclairerait les autres, privées et plus jeunes », suggestion de Gérard Nkunzimana, le Recteur de l’ULBu. « Dans le cadre général, je garde le constat de mon collègue Martin Malté –Ottawa- qui me démontrait comment il est plus facile de coopérer académiquement avec le Burundi qu’avec les autres pays de la région, pour des raisons culturelles ».

Relever les défis, ou plutôt Le défi

Fin 2014, l’Université du Burundi n’a pas encore achevé son année académique 2012-2013. Ceci est d’abord un problème de leadership. « Vu le climat, il faudrait déjà louer le changement à la tête de cette institution, au lendemain du sommet », commente Bitagoye, avec une question : « Serait-ce le début de la mise en application des recommandations du sommet ? ». Lors de son émission publique, le Président Nkurunziza joua le discours diplomatique, rejetant la politisation du secteur de l’enseignement au Burundi. « Non seulement ce fait empoisonne l’administration, mais les étudiants en sont aussi bien des acteurs que des victimes », dixit le professeur Nkunzimana. Avez-vous appris de la clôture du projet de la Coopération Belges qui finançait des bourses de troisième cycle pour des étudiants Burundais ? C’est fini avec Décembre 2014 : « Ce projet financerait désormais des ateliers de formation, au bénéfice d’un plus grand nombre de cadres du pays, techniciens agricoles, élus locaux, différents directeurs, etc. », un diplomate explique en rigolant « formation ou mangecratie ? » Oui, le politique domine la science, même au ministère de l’enseignement supérieur. Le nouveau Recteur de l’Université, diplômé en 2012 et, antécédemment cadre au ministère de tutelle, il aura à travailler dur, pour d’abord apprendre : gestion administrative et académique, des ressources humaines –surtout dans une telle sphère ‘Universitaire’ au vrai sens du mot-. Ensuite, gagnera-t-il la confiance des autres magisters ?

« Rien ne sera plus comme avant ? »

Cette phrase est souvent vide de sens. Il est même démagogue, souvent. « Le système éducatif fera l’objet de profondes réformes afin de l’adapter aux nouveaux besoins et impératif du développement. ». Cette vision du Ministère du Plan et du PNUD disait tout et peu, en 2011. « Il s’agira, en outre d’assurer des formations de haut niveau dans les domaines scientifiques et technologiques adaptés aux nouvelles priorités du pays ». Pour rester à l’Université du Burundi, incarnation des problèmes de l’enseignement supérieur, les questions sont d’abord d’ordre structurel : Comment gérer la Régie et la bourse, d’une manière équitable ? De son expérience du Canada, le Recteur de ULBu défend, « En tout cas le restaurant devra être une institution indépendante, ouverte mêmes aux étudiants des autres Universités voire d’autres citoyens, bien sûr avec des faveurs et critères bien définis ». Non seulement le service serait efficace, ce ferait aussi un business à part, mais avec des contrôles et des comptabilités. Néanmoins, une condition s’impose, « que la bourse soit transformée en ‘prêt bourse’ ». C.-à-d. que les étudiants perçoivent une bourse qui leur permet de vivre, et qu’ils rembourseront plus tard.

Etudier pour se développer et non pour quémander

Le Burundi ne se développera que s’il a des « cadres bien formés et compétents » (CSLP II). Cet objectif se réalise à deux niveaux : la formation et l’emploi. Mieux comparable, c’est à côté au Rwanda. Enfin, plus comparable ? Comment ce pays négocie-t-il les bourses, des meilleurs et dans de meilleures universités, pour les jeunes Rwandais ? C’est une affaire de diplomatie, de négociation, mais surtout de « responsabilité sociale » : Il faudra au dirigeants du Burundi de comprendre la logique win-win, dans le sens anglo-saxon. Le Professeur Gérard y voit l’implication de différents partenaires : « des compagnies, industries et autres business devront s’y investir, soit à travers un fond qui devra être créé et alimenté par eux ; soit ils vont contribuer autrement à l’éducation et à l’emploi des diplômés et selon des règles claires ». Les employeurs devront prendre position. C’est-à-dire, des bourses d’excellence, des parrainages, etc. ; et/ou le gouvernement doit développer des bourses de coopérations internationales –plein de fondations proposent ce genre de bourses- ; ou des bourses sociales (pour les vulnérables), mais dans le respect des carrelets moraux et connus de tous.

« L’instruction ne doit pas être un simple entraînement de l’esprit.
Entraîner l’esprit c’est le rendre efficient, ce n’est pas le mener à la plénitude ».
Krishnamurti, J.




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