La Française au Burundi : un SAS asexué




Par: Audace Machado , mercredi 25 février 2015  à 05 : 58 : 38
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Le français rehausse le Rundi. Ensuite, quelles insultes ! Il fait de même aussi, pour le Pakistan ou l’Indien, habitant du quartier asiatique. « Le Petit Blanc » ou le Grecques du Burundi y passera aussi. Le Philosophe et littéraire, Dr Juvénal Ngorwanubusa le rappelle à qui aurait lu le « SAS – Bois Noir ». C’est aussi le Belge qui en découd avec le Français du Burundi postcolonial, ou vice-versa. On jugera si oui ou non le Belges n’a introduit que la « Primus » au Burundi. Dans sa rigueur scientifique, on dirait que Ngorwanubusa reprend leurs stéréotypes. Pour comprendre le contexte, dans son livre « Dominer pour servir », « Ryckmans trahit la distance et le dédain du colonialiste envers le colonisé. Il déclare sans ambages qu’il est venu, lui et ses maitres “civiliser” ce coin d’Afrique », éclaire Emmanuel Nkurunziza, Professeur et Chercheur en littérature à York- Toronto-. Comme la diplomatie n’a pas de place ici, les mots crus ont fait, et font toujours les sincérités voire les stéréotypes ou cachets de tous les acteurs du français, retrouvés dans le nouvel ouvrage de Ngorwabubusa, « Le regard étranger. L’image du Burundi dans les littératures belge et française ». Fin de l’hypocrisie : ceux qui le lisent sont « Majeurs et Vaccinés ».


Burundi, bénédictions divines

Bien que « Le livre n’est pas une fiction, mais une analyse des fictions et réalités notées par d’autres francophones », éclaire Ngorwanubusa, le penseur reconnait un mariage de vérités et des « on-dit », dans les quelques livres qu’il décrypte. Emmanuel Nkurunziza, chercheur aux études francophones de l’Université de York –Canada- y va direct : « L’image du Burundi dans les littératures belge et française ne diffère pas tant de l’image du nègre en général, lorsqu’il est vu par le colon ; ni de celui de l’africain contemporain vu par l’européen ».

Par exemple, partons de Mgr Julien Gorju qui, déjà en 1958 à Bruxelles, décrivait le Burundi comme « Un peuple unis à qui personne ne peut empêcher de rigoler ». Ngorwanubusa revient aussi sur Rychmans qui, en 1947 dans « Barabara », renseignait : « Ici c’est de vraies rivières (…) un peuple accueillant, etc. ». En effet, si Jean Jacques Mitakaro, autre intellectuel burundais et habitant un différent pays de la Francophonie –le Alberta/Canada- reconnait amèrement qu’ « Il est, en ces temps du 21e siècle, très difficile de parler positivement du Burundi ». Pourtant, quelques années passées amenaient Rousseau, A., dans son « Exile Africain » de comparer le Burundi à la Suisse. Plus encore, revenant à la richesse du poisson du Tanganyika, ce dernier appréciait « L’Usumbura comme une îles du Pacifique ». Socio-politiquement, dans « Eclipse sur le lac Tanganyika », certes les Hutu et les Tutsi existent, avec les descriptions colonialistes, mais la barbarie ne les a pas encore conquis.

Burundi, diables jaloux

« Mutima », c’est le nom que Nadine Dominicus van den Bussche donne à son mari Nyangoma, G. intellectuel hutu, tué en 1965. Mgr Gorju est clair dans ce qu’il appelle « Diables jaloux » : la violence caractérise aussi ce peuple, et les ethnies en furent le leitmotiv. Pierre Rychmans lui, dans « Barabara », décrivant ses trajets d’Usumbura à Kitega, de Tabora au Cameroun, etc., son étonnement pour un peuple dévoué et endurant, n’oublie pas le caractère de « Vrais Basenji » (païens) avec tout ce qui va avec : des menteurs, des voleurs, des animaux intelligents, des pauvres puants de saleté, etc.). Plus tard, dans le SAS sur le Burundi « Bois Noir », De Villiers ne cache pas ses méconnaissances du pays qu’il traversa, surement. Nkurunziza, E., y gardera, par exemple, « D’un cote, le méchant et violent aristocrate tutsi, et d’un autre, le servile et bonasse indigène hutu qui, même devenu officier de l’armée par exemple (comme le “colonel Nicoro”), se fait rouler par un Président tutsi (“Bukoko”) qu’il tenait pourtant en joue ! ».

Le Philosophe Ngorwanubusa sera aussi marqué, notamment par ‘un mélange explosif’ et des fois, contradictoire : « d’une part, des ministres ou officiers militaires Tutsi composant avec des businessmen blancs ou des trafiquants Indo-pakistanais. D’autre part, des Hutu évolués couchant avec des Rwandaises Tutsi, refugiées au Burundi. C’est une sauce de comportements, quand on y verse celui des boys hutu, domestiques chez des Blancs de Bujumbura surtout(…) ».

La question aura été, « Vous êtes peu nombreux Burundais à produire des romans et essaies littéraires. Etant donné que des aspects tels l’évolution culturelle, la mondialisation, etc., modifient les valeurs culturelles, quels genres littéraires seraient-ils abordable aux nouvelles générations, et de nos pays ? »

Quoi d’anormal ? Les œuvres littéraires ou artistiques paraissent réussir après effet quantitatif, qualitatif mais aussi de publicité. « Partout où j’ai vécu en Europe et en Amérique du Nord, la majorité des enfants de la diaspora burundaise ne parlent pas du tout /ou très peu le Kirundi et c’est très dommage. », une modération voire absence que Mitakaro, le businessman burundais, trouve chez ses concitoyens de la diaspora. « Quand vous écrivez bien, on vous reproduira », lance l’écrivain Ngorwanubusa. C’est aussi la conviction ou le contexte qui influent.

Et puis, « Pour pouvoir influer sur d’autres cultures, il faut absolument que nos langues soient sollicitées, utilisées dans le processus de création, que ce soit au niveau artistique ou littéraire. », ce que déplore le scientifique Nkurunziza, E., en ce qui est du Burundi. L’art de « l’Amérique Nègre », celle de l’Afrique du Sud, etc., viennent confirmer les enseignements du Dr Ngorwanubusa. Si, « La littérature inclut aussi bien la musique, la filmographie, la bande dessinée, etc. », comprendra-t-on une fois un Ministre de la jeunesse et de la culture qui ne sait plus quoi dire, quand des musiciens burundais fuient leur pays menacés, suite à leurs productions.

Plus encore, si le Tambour Burundais est désormais du patrimoine de l’Unesco, survivra-t-il un protectionnisme local et étranger ? Rappel, le Gouvernement prétendant le protéger, il le rend inaccessible. Alors, les jeunes qui y jouaient avec fierté –au Burundi comme ailleurs-, et/ou qui vivaient de cet art, continueront-ils cet exercice à la fois physique, artistique, et civique ? « Nous n’avons pas de politique culturelle solide et agressive », lançait aussi le philosophe écrivain, ancien membre d’un Gouvernement Burundais.

Ecrire en français oui ! Et la crédibilité alors ?

« Notre problème et de nous accorder sur les processus des différents événements, surtout les plus tragiques. Par exemple, Hutu et Tutsi nous accordons, par exemple que le Président Ndadaye a été assassiné le 21 Octobre 1993. Où nous ne parvenons pas à être d’accord, c’est dans le pourquoi et au déroulement des faits », rigole le Critique Ngorwanubusa, défiant la fameuse Commission, Vérité et Réconciliation.

En outre, une question dans la salle rappelle le direct du Professeur : « Nadine Nyangoma, historienne de formation, n’expliquera même pas que les Tutsi de Busangana-Muramvya, massacrés par des éléments Hutu de l’armée, majoritaires à l’époque, l’aient été pour des raisons politiques ». Le livret de poche, SAS de De Villier, G., « n’enlèvera l’équivoque de qui lança les massacres de 1972 : le militaire tué près du mess des officiers de Bujumbura, ou des étrangers qui lancèrent les massacres au sud du Burundi ? »

burundi culture 101
for melchiade and irene^^

Jean Jacques Mitakaro, autre intellectuel Burundais et de la Francophonie –Alberta/Canada- trouve que, par exemple, « L’auteur de SAS cherche à présenter une image convenable à son personnage principal : femmes, violence, etc. Je ne me baserais pas sur un SAS pour juger l’image d’un pays ».

Bonsoir Professeur

Lors de la présentation de son livre, « Bonsoir Professeur » fut la phrase introductive, en tout cas pour les civilisés présents dans la salle. Le Burundi n’en connait peut-être pas plusieurs qui connaissent les occidentaux, Français, Belges, Suisse, etc., Canadiens ou Américains ; à travers les faits historiques, sociopolitiques. Et puis, l’écrivain tutoie modestement ce monde, de visu ou à travers les lettres : « Toutes les disciplines scientifiques sont présentes dans la littérature », se plaisait l’intellectuel à paraphraser Barthe, R. Ensuite, c’est le penseur qui, à travers sa pensée sur la littérature française au Burundi, s’envola à Paris y recueillir « Le prix de la Renaissance du Livre de 2014 ». Faut-il lui rendre hommage, comme scientifique mais aussi modèle de tous, y compris « des artistes nés, ceux-là qui peuvent créer en français. Il leur faut écrire et surtout publier, afin de rendre visible cette littérature Rundi », note de Nkurunziza, E. de l’Université de York.

Or ce n’est pas ce qui manque. Pensons aux pièces de théâtre de Nzikobanyanka, E., Candide Niyonkuru, de Pierre Nkanira, de Mfatiye Severin, de Ntahokiriye Melchior, de Marie-Louise Sibazuri, etc., des romans divers ; de la musique, partant de Nkeshimana Emmanuel, Ciza Sylvestre, Canjo Amisi, Steven Sogo, Lion Story, etc., tout cela doit être promu.

A propos des artistes Burundais - ou d’ailleurs-, persécutés, le Philosophe écrivain rigole, simplement. Le Burundais chercheur à York lui, lance la logique, « C’est du déjà vu » : « Le monde tend davantage vers la tolérance des idées contraires ». Emmanuel expliquera qu’« avec le temps, une telle pratique finit par produire l’inverse de ce qu’elle semble viser. Si un artiste, un écrivain est interdit et que le monde l’apprend, le déchainement des soutiens va de pair avec un engouement à découvrir les idées et le style de cette personne sur lequel un régime donne ou une religion donnée s’acharne ».

Bref, ça durera juste un temps !




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