CNPK : Le nombre de malades mentaux remonte à la suite de la crise au Burundi


C’est la conclusion du centre neuro-psychiatrique de Kamenge. Pour Frère Hippolyte Manirakiza, directeur général de ce centre, la crise a agi intensément autant sur des habitants de Bujumbura que sur ceux des provinces. Le taux de rechute pour les malades sous traitement a été un record.



Par: Isanganiro , vendredi 31 juillet 2015  à 11 : 39 : 13
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Selon les données du centre Neuro-psychiatrique de Kamenge (CNPK), 44% des rendez-vous qui étaient prévus au mois de Mai 2015 n’ont pas été honorés pour les patients venant de la Mairie de Bujumbura. Le nombre de consultations ambulatoires a sensiblement diminué : 788 cas en mars, 900 cas en avril et 534 en mai 2015. Le nombre des consultations pour les patients venant en dehors de la Mairie de Bujumbura a diminué pour le mois de mai (586 pour mars, 683 pour avril et 392 pour mai 2015 soit une diminution de 42% entre le mois d’Avril et Mai 2015).

Pour le directeur général du CNPK, la crainte de l’insécurité en a été la principale cause : « Les gens restaient à la maison. 56 % des malades sous traitement ne sont pas venu prendre les médicaments. Certains pour gérer le stress, se sont adonnés à l’alcool très déconseillé pendant la phase de traitement. Cela crée une situation de rechute généralisée pour les malades. »

Aujourd’hui, le centre connaît un nombre élevé des patients dont les signes sont des effets directs de cette crise : « des malades qui se présentent avec des faux fusils d’autres parlotent, et les mots sont ceux qui ont été scandé pendant cette crise. Certains iront jusqu’à dire que Agathon Rwasa leader de l’opposition a été élu président de la République… »

Mêmes les malades hospitalisés ont connus des rechutes

Le sentiment d’abandon pour les malades, le peu de contact de l’extérieur et la préoccupation de savoir si les leur sont encore en vie, ont contribué à ce phénomène. Selon le responsable du CNPK, ces malades étaient pourtant bien suivis mais ils n’ont pas échappés au triste sort.

Personne n’est immunisé contre un traumatisme psychique

La crise politico-sécuritaire peut avoir des effets psychiques sur tout le monde. Beaucoup pensent que les effets ne pèsent que sur la population de Bujumbura. Les familles qui ont les leur dans la capitale sont de loin concernées à chaque fois qu’elles tentent d’avoir des nouvelles des leurs. Le centre dit connaître des cas d’avortements pour les femmes, des décès pour les patients victimes de maladies chroniques.

Qu’en est-il des journalistes, militaires ou policiers en tant que témoins directs de la crise ? Tout en restant fidèle à l’éthique et à la déontologie, il fait savoir que tout le monde n’est à l’abri de troubles psychiques. Il se félicite au passage de l’intention du ministère de la Défense Nationale et des Anciens Combattants d’envisager un partenariat avec son centre. Et cela, pour parier au risque de troubles mentaux qui puissent survenir au sein de l’armée.

Les familles dans l’inaction et l’Etat à ses responsabilités

Pour Frère Hyppolite, le directeur général de CNPK, les familles ont moins d’informations sur des cas qui constituent des dérives vers la dépression. Les familles sont désemparées : « Comment lutter contre les troubles liées à l’hyper-vigilance, aux rondes qui laissent les gens sans dormir pendant que la société vit à ce rythme ? Les familles sont absolument incompétentes. » Conclut-il.

Pour lui, un programme de détraumatisation est plus qu’urgent car les besoins sont élevés. Il ne sait pas si c’est le ministre de la Solidarité Nationale ou de la Santé publique qui s’en occuperait. Peu importe, de toute évidence, il faut absolument faire quelque chose.




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