Human Right Watch dénonce la Vague d’arrestations arbitraires et de torture au Burundi.


Des agents des services de renseignement et des jeunes du parti au pouvoir prennent pour cible des opposants présumés.



Par: Isanganiro , jeudi 6 août 2015  à 15 : 25 : 22
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Dans un communiqué rendu publique à partir de Nairobi ce jeudi 6 Aout 2015 ; des agents des services de renseignement, des policiers et des jeunes du parti au pouvoir au Burundi ont arrêté arbitrairement et maltraité des dizaines d’opposants présumés, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui. Les autorités accusent de nombreuses personnes arrêtées, des jeunes hommes pour la plupart, de tenter de quitter le pays et de chercher à rejoindre une rébellion armée.

Human Rights Watch a documenté plus de 148 cas entre avril et juillet 2015 dans quatre provinces et dans la capitale, Bujumbura, impliquant des agents des services de renseignement, des policiers ainsi que des membres de la ligue des jeunes du parti au pouvoir, le Conseil national pour la défense de la démocratie - Forces pour la défense de la démocratie (CNDD-FDD), connus sous le nom d’Imbonerakure (« ceux qui voient loin » en kirundi). La plupart de ces cas sont survenus en juin et en juillet. Bon nombre des personnes arrêtées ont été battues, torturées ou ont subi d’autres mauvais traitements.

Human Rights Watch a interrogé plus de 80 victimes, avocats, défenseurs des droits humains, autorités judiciaires et autres sources dans ces quatre provinces et à Bujumbura. Human Rights Watch est également en train d’enquêter sur des cas similaires signalés dans d’autres provinces. Le nombre total de cas dans le pays est probablement bien plus élevé. Pour garantir la sécurité des victimes et des témoins, Human Rights Watch ne divulgue pas les lieux de certains des incidents.

« Les Imbonerakure n’ont aucun droit légal d’arrêter des individus. Cependant ils ont arrêté des personnes arbitrairement, les ont battues et les ont remises aux services de renseignement, qui ont torturé certaines d’entre elles », a indiqué Daniel Bekele, directeur de la division Afrique à Human Rights Watch. « Le gouvernement burundais devrait publiquement ordonner à tous les Imbonerakure de cesser d’arrêter des personnes et faire en sorte que les Imbonerakure et les agents des services de renseignement responsables de mauvais traitements et de torture soient traduits en justice. »

Depuis les manifestations contre la décision du président Pierre Nkurunziza de briguer un troisième mandat, qui ont commencé en avril et ont été brutalement réprimées par la police, l’attention internationale s’est largement concentrée sur les atteintes aux droits humains dans la capitale. Cependant, de nombreux abus ont également eu lieu dans des provinces du Burundi, loin des projecteurs des médias. Du fait de la fermeture par le gouvernement des principales stations de radio privées du Burundi, l’une des rares sources d’information sur les événements hors de la capitale, beaucoup de ces abus n’ont pas été signalés.

Plus de 140 000 Burundais ont fui le pays depuis mars, cherchant refuge dans les pays frontaliers : le Rwanda, la Tanzanie ou la République démocratique du Congo.

Des rumeurs persistantes laissent entendre que certains Burundais ont constitué un mouvement d’opposition armé en exil. Le 10 juillet, une attaque a été perpétrée par un groupe armé non identifié qui aurait traversé la frontière du Rwanda pour entrer dans la province de Kayanza, dans le nord du Burundi. Les autorités ont arrêté plus de 200 individus présumés appartenant à ce groupe, selon les autorités, et dont certains sont poursuivis en justice. Ces événements sont survenus dans le contexte des élections communales et parlementaires du 29 juin et des élections présidentielles du 21 juillet.

Des victimes dans plusieurs provinces ont expliqué à Human Rights Watch que des Imbonerakure les ont arrêtées et battues, parfois en présence d’agents des services de renseignement. Elles ont décrit avoir été frappées avec des gourdins et des bâtons, forcées à se rouler dans des fosses de boue et frappées au visage à coups de poing. Les Imbonerakure ont souvent remis les personnes arrêtées directement aux agents des services de renseignement, qui les ont transférées vers les bureaux du Service national de renseignement (SNR).

Une fois là-bas, ont raconté les anciens détenus, des agents du SNR et des policiers les ont frappés avec des câbles électriques pour les forcer à avouer de fausses accusations, comme l’intention de rejoindre une rébellion armée au Rwanda. D’autres ont été frappés à coups de crosse de fusil et de lourds gourdins. Dans certains cas, des agents du SNR les ont forcés à se dévêtir et à se livrer à des pratiques humiliantes et douloureuses, telles que sauter comme une grenouille et marcher comme un canard ou les obliger à ramper sur les coudes sur des graviers.

Un homme a indiqué à Human Rights Watch que des agents du SNR l’ont obligé lui et d’autres détenus à se tenir sur la tête pendant qu’ils les battaient. Un agent de haut niveau du SNR dans une province a donné des ordres à son chauffeur et à des policiers de frapper les détenus. Les agents du SNR ont dit aux détenus : « Vous, imbéciles ! Vous êtes furieux après seulement 10 ans [période pendant laquelle le président Nkurunziza a été au pouvoir] alors que vous avez gouverné pendant plus de 30 ans [en référence probablement à la longue période de gouvernement majoritairement tutsi au Burundi]. »

Une autorité judiciaire a confirmé en privé à Human Rights Watch que certains membres du SNR ont torturé des détenus. Human Rights Watch a essayé à plusieurs reprises de contacter Telesphore Bigirimana, le porte-parole du SNR, mais n’est pas parvenu à le joindre.

Lorsqu’il a été contacté par téléphone, Pascal Nyabenda, président du CNDD-FDD au niveau national, a refusé de parler à Human Rights Watch.

Denis Karera, président national des Imbonerakure, a expliqué à Human Rights Watch lors d’une réunion qu’il n’avait pas connaissance de toutes les allégations contre des Imbonerakure individuels. Il a affirmé que certaines personnes commettent des délits et essaient de rejeter la responsabilité sur les Imbonerakure. Il a déclaré : « Je suis contre la violence. Qu’elle vienne d’un Imbonerakure ou pas, je ne peux pas la tolérer. [Les auteurs de violence] doivent être jugés et condamnés conformément à la loi. Un Imbonerakure n’a pas de privilèges par rapport à un autre citoyen. Personne n’est au-dessus de la loi. Si un Imbonerakure fait quelque chose d’illégal, il doit être puni. »

Des autorités judiciaires, des avocats et des défenseurs des droits humains ont indiqué à Human Rights Watch que des agents du SNR et du parti au pouvoir ont fortement influencé des décisions judiciaires ou ont annulé certaines décisions de procureurs et d’autres. Les cas impliquant des membres des partis d’opposition ont souvent été assignés à des autorités judiciaires partisanes du parti au pouvoir.

Une autorité judiciaire de haut niveau a expliqué que dans certains cas, des membres du parti au pouvoir ont contrôlé le sort des détenus et ont donné des ordres pour fabriquer des accusations contre certaines personnes. Certains procureurs ont collaboré avec des agents des services de renseignement pour déterminer les chefs d’inculpation contre les individus arrêtés par le SNR ou par les Imbonerakure et pour décider de leur maintien en détention.

Une autorité judiciaire de haut niveau a confié à Human Rights Watch : « Le système judiciaire n’est pas indépendant. Les autorités judiciaires ne peuvent pas agir indépendamment selon leur conscience. Nous pouvons libérer quelqu’un, puis nous recevons immédiatement un appel et les membres du parti [CNDD-FDD] donnent un ordre. Lorsque les Imbonerakure arrêtent des personnes, nous regardons impuissants. Nous ne pouvons rien y faire. »

Les Nations Unies et l’Union africaine (UA) devraient envisager de déployer des observateurs pour surveiller la manière dont le système judiciaire traite les affaires d’opposants présumés et pour signaler les violations des procédures judiciaires, a déclaré Human Rights Watch. En outre, ces observateurs devraient surveiller et établir des rapports sur les ingérences du gouvernement ou du parti au pouvoir dans le système judiciaire. Cela pourrait être l’une des fonctions de la nouvelle équipe d’observateurs des droits humains de l’UA déployés au Burundi.

Le Rapporteur spécial des Nations Unies sur la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants et le Rapporteur spécial des Nations Unies sur l’indépendance des juges et des avocats devraient se rendre d’urgence au Burundi et enquêter sur les récents abus, a indiqué Human Rights Watch.

« Les services de renseignement burundais se comportent comme s’ils n’avaient aucun compte à rendre », a déclaré Daniel Bekele. « Les personnes au pouvoir ont politisé le système judiciaire, le transformant en arme contre l’opposition. Les autorités devraient libérer les personnes arrêtées contre lesquelles il n’existe aucune preuve d’activité criminelle et faire en sorte que le système judiciaire puisse fonctionner de manière indépendante et que les violations des droits humains puissent faire l’objet d’enquêtes sans crainte. »




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